Coronavirus en Tunisie : intelligence artificielle et robots se développent grâce à la pandémie

Lors d'une guerre, comme en période de pandémie, la science, la recherche et la technologie sont des domaines où les progrès se concrétisent souvent. C'est l'expérience que vit actuellement la Tunisie aux prises avec le nouveau coronavirus apparu en Chine fin 2019.

Les services de soins intensifs en charge des patients atteints par le Covid-19, comme celui de l\'hôpital Ariana Mami, près de Tunis, manquent de respirateurs artificiels.
Les services de soins intensifs en charge des patients atteints par le Covid-19, comme celui de l'hôpital Ariana Mami, près de Tunis, manquent de respirateurs artificiels. (FETHI BELAID / AFP)

Un robot capable de trier les patients, selon la gravité des symptômes, une analyse de radios par intelligence artificielle, un décodage du génome du virus, des recherches sur un vaccin : la pandémie de Covid-19, venue de Chine, a déclenché en Tunisie un fourmillement d'avancées au service des fragiles instances de santé publique.

Exemple à l'école d'ingénieurs de Sousse, au sud de Tunis. Pour cette fin de scolarité 2019-2020, le traditionnel projet de fin d'année s'est imposé de lui-même aux étudiants : concevoir une machine d'oxygénothérapie. Un modèle qui sera ensuite fabriqué localement, à la demande du gouvernement. En effet, les hôpitaux tunisiens sont peu équipés alors que les coûts, comme les délais de livraison, ont explosé.

Des appareils conçus en 3D, facilement reproductibles partout

"Des élèves, enseignants et médecins hospitaliers ont conçu un prototype qui fonctionne", souligne Aref Meddeb, directeur de l'école. "C'est la première fois qu'on fabrique cette machine en Tunisie. Cela prouve qu'il y un vrai potentiel ici. Ce qui manque d'habitude, c'est la confiance et les moyens qui nous ont été accordés pendant cette crise."

D'autres chercheurs tunisiens ont développé un plan de respirateur simplifié fait de composants imprimables en 3D et d'éléments faciles à acheter. En libre accès, il devrait notamment permettre à d'autres pays africains, dont certains ne comptent qu'une poignée de ces équipements, de les fabriquer eux-mêmes.

"Nous sommes tous en état d'alerte, car nous voulons sauver des vies", témoigne Khalil Allouch, étudiant ingénieur, qui participe à un autre projet de respirateur local. "On utilise tout ce qu'on trouve en 'open source' (NDLR : œuvre libre de droit) et les compétences d'un ingénieur tunisien spécialisé dans les respirateurs de réanimation. Une 'open source' à lui tout seul !", s'amuse-t-il. "Cette crise nous montre qu'on peut être plus autonomes." La Tunisie forme chaque année des milliers de médecins et ingénieurs aux qualifications reconnues partout dans le monde. Mais, faute de perspectives salariales ou entrepreneuriales sur place, nombre d'entre eux partent à l'étranger.

"Si on y arrivait, ce serait extraordinaire"

Avec l'arrivée du nouveau coronavirus, la situation pourrait évoluer de manière positive. Direction les laboratoires tunisiens. Ces derniers croulent sous les tests à effectuer et figurent parmi les premiers d'Afrique du Nord à décoder le génome du virus circulant localement, étape nécessaire pour mettre au point un vaccin. L'Institut Pasteur de Tunis est l'une des rares institutions du continent à mener des recherches préliminaires sur un vaccin.

"D'autres pays en sont à des stades plus avancés, mais cela ne nous garantit pas qu'ils auront accès à ces vaccins rapidement", observe Hechmi Louzir, directeur de cet Institut. "Nous avons la chance d'avoir des gens qui ont ces compétences. Si on y arrivait, ça serait extraordinaire."

A l\'hôpital Mami d\'Ariana, près de Tunis, l\'entrée de l\'unité de soins intensifs réservés aux malades du Covid-19. 
A l'hôpital Mami d'Ariana, près de Tunis, l'entrée de l'unité de soins intensifs réservés aux malades du Covid-19.  (FETHI BELAID / AFP)

Côté diagnostic, un outil d'intelligence artificielle conçu lui aussi dans une école d'ingénieurs est en cours de validation pour mesurer instantanément la probabilité qu'une personne soit atteinte du virus à partir de simples radiographies des poumons. Ce qui pourrait servir aux régions marginalisées et dépourvues de structures médicales capables de mener des tests.

Dans l'administration et les ministères, les mentalités évoluent face au numérique

"La crise nous a mis à nu", a reconnu le Premier ministre tunisien Elyes Fakhfakh à la télévision, mais elle a "dévoilé des compétences solides" dans le domaine des technologies de l'information et de la communications (TIC) et de l'intelligence artificielle. "Après le coronavirus, on va reconstruire sur ces bases", a-t-il déclaré, alors que l'économie souffre des mesures de prévention. Le gouvernement a lancé une foire virtuelle où sont présentées différentes innovations et technologies médicales développées contre le Covid-19.

Même les administrations les plus réfractaires au numérique sont en train de dématérialiser certaines démarches. Ainsi, le ministère de l'Intérieur a délivré des autorisations de circuler via une plateforme internet.

Les algorithmes, une aide précieuse pour les personnels soignants

Un robot télécommandé par la police, qui patrouille dans les rues pour faire respecter le confinement, a aussi fait parler de lui. Son concepteur, la société tunisienne Enova, ne compte pas en rester là : l'un de ses robots-gardiens autonomes est en cours d'adaptation pour permettre aux malades en état grave de parler avec leurs proches. Un autre est développé pour aider, via une intelligence artificielle, à faire un premier tri des patients arrivant à l'hôpital, selon la gravité de leur état.

Tout s'accélère. Le ministère de la Santé, de son côté, utilise une application conçue récemment par des étudiants et leurs enseignants pour recenser le nombre de lits disponibles et, si besoin, pouvoir organiser des transferts de patients ou le déploiement de lits d'urgence supplémentaires.

Autant de développements qui, espère le corps médical, devraient éviter la saturation des services de réanimation.