Tunisie : le parti islamiste Ennahda vainqueur officiel des élections

Les résultats officiels de l'élection de l'Assemblée constituante ont été annoncés jeudi soir par le chef de la commission électorale.

Rached Ghannouchi, le dirigeant du parti islamiste Ennahda, le 19 octobre à Tunis. 
Rached Ghannouchi, le dirigeant du parti islamiste Ennahda, le 19 octobre à Tunis.  (ZOUBEIR SOUISSI / REUTERS)

C'est officiel. Le parti islamiste Ennahda a remporté les premières élections en Tunisie depuis la chute de l'ancien chef de l'Etat, Ben Ali. Le chef de la commission électorale l'a confirmé, jeudi 27 octobre. Avec 41,47% des suffrages, le mouvement s'octroie 90 des 217 sièges à l'Assemblée constituante tunisienne.

A Sidi Bouzid, ville dans laquelle a démarré la révolution tunisienne et où des bulletins n'ont pas été compatibilisés en raison d'irrégularités, la nouvelle des résultats a été accueillie avec colère. En revanche, à Tunis, au QG d'Ennahda, les partisans ont célébré les résultats du vote de dimanche et ont acclamé leur leader Rached Ghannouchi.

Reuters

 

Ce succès d'Ennahda devrait permettre au parti de former un gouvernement de coalition dirigé par les islamistes. La formation, qui était interdite sous le règne du président déchu, n'a pas remporté la majorité absolue au sein de la nouvelle assemblée. Elle a donc déjà tendu la main aux deux partis laïcs, arrivés en deuxième et troisième position : le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol. 

L'un des dirigeants du CPR, Mohamed Abbou, a confirmé les tractations déjà en cours: "Nous discutons avec Ennahda et Ettakatol pour la formation d'un gouvernement national". Le nouveau gouvernement tunisien pourrait donc se composer de : 

Ennahda

Le parti mené par Rached Ghannouchi devrait diriger le nouveau gouvernement. Il entend prendre comme modèle le parti turc AKP. Dans leur programme, les islamistes s'engagent à "garantir la liberté de croyance et de pensée", "les droits des minorités religieuses" et à "préserver les acquis de la femme". Sur le plan économique et social, il se donne pour objectif de "ramener le taux de chômage à 8,5% à l'horizon 2016 [contre 19% aujourd'hui] en créant 590 000 emplois" en cinq ans.

Le Congrès pour la République

Ce parti de la gauche nationaliste a obtenu 30 sièges de l'Assemblée, avec 13,82% des suffrages. Il est présidé par Moncef Marzouki, un opposant à Ben Ali qui a vécu en exil en France. Le CPR plaide pour un régime semi-parlementaire, avec un Président élu au suffrage universel direct.

Ettakatol

Cette formation classée à gauche a décroché 21 sièges, avec 9,68% des suffrages. Sa priorité est la lutte contre le chômage : elle prévoit dans son programme la création de 100 000 emplois en 2012-2013. Au plan institutionnel, le parti prône un système présidentiel "aménagé" qui permette au Président de jouer un rôle d'arbitre entre exécutif et législatif en cas de crise majeure.