Coup d'État au Soudan : le chercheur Jérôme Tubiana espère de "de fortes pressions internationales pour qu'il n'aille pas jusqu'au bout"

"Le Soudan était considéré comme un modèle fragile, mais celui d'une transition négociée entre civils et militaires", explique le chercheur qui estime que, s'il "y avait des signes annonciateurs", personne ne pouvait prévoir un tel scénario.

Article rédigé par
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Des manifestants soudanais protestent contre l'arrestation du Premier ministre à Khartoum, le 25 octobre 2021. (- / AFP)

"On peut espérer de fortes pressions internationales pour que ce coup d'État n'aille pas jusqu'au bout", a expliqué lundi 25 octobre sur franceinfo Jérôme Tubiana, chercheur, spécialiste du Soudan, alors que des forces armées détiennent lundi 25 octobre le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, arrêté après avoir refusé de soutenir ce putsch, a rapporté le ministère de l'Information.

>> Soudan : ce que l'on sait de l'arrestation de plusieurs dirigeants dont le Premier ministre

franceinfo : Quelle est la situation ?

Jérôme Tubiana : On peut espérer que ce coup d'État n'aille pas jusqu'au bout et qu'il y ait de fortes pressions internationales pour que le Soudan ne suive pas de mauvais exemples, comme l'Égypte et le Tchad. Le Soudan était considéré comme un modèle fragile, mais celui d'une transition négociée entre civils et militaires.

Que reproche l'armée aux dirigeants civils ?

L'armée a d'autres soutiens qui reprochent aux civils leurs propres divisions internes. Ils sont très divisés entre les partis politiques avec des agendas différents qui donnent parfois à la population d'être plus en quête de positions ministérielles que d'un véritable changement. Le Premier ministre a fait ce qu'il pouvait, il a eu un certain succès, pour essayer de rassembler du soutien autour de lui mais les réformes économiques qu'il a entreprises font que la crise s'est plutôt aggravée. C'est aussi cela qu'on reproche aux civils.

"Les militaires ont de gros intérêts économiques et ils craignent que le gouvernement civil tente d'y mettre de l'ordre."

Jérôme Tubiana, chercheur, spécialiste du Soudan

à franceinfo

Ils craignent aussi la commission qui est en charge de lutter contre la corruption, et certains ont peur des efforts de justice pour les crimes commis en 2019 et au Darfour.

Est-ce qu'une telle situation était prévisible ?

Il y avait des signaux annonciateurs, notamment des tensions relativement récentes mais de plus en plus fortes entre les civils et les militaires sur différents sujets. Il y avait des manifestations inédites qui demandaient un changement de gouvernement civil sans forcément que les militaires prennent la totalité du pouvoir. Il y a eu des confrontations entre les manifestants qui défendaient les civils et d'autres, moins nombreux, qui demandaient un changement de gouvernement. Mais on ne pouvait pas prévoir que ce scénario arriverait même si tout le monde le craignait.

Quelle évolution peut-il y avoir ?

Il y a vraiment plus que deux camps et beaucoup d'acteurs qui n'ont pas intérêt à ce qu'il y ait un retour au régime de Béchir ou à un avatar de celui-ci. On peut espérer que cela n'aille pas jusqu'au bout, qu'il n'y ait pas de violences, qu'il n'y ait pas une confrontation entre manifestants ni une répression violente par le régime militaire. On peut espérer que la communauté internationale fasse une pression très forte pour éviter un véritable coup d'État militaire.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Soudan

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.