Tunisie, pays arabe qui a autorisé l’avortement avant la France de Simone Veil

De nombreux Tunisiens ont tenu à rappeler, à l’occasion de la mort de Simone Veil, que la Tunisie avait légalisé l’IVG (interruption volontaire de grossesse) deux ans avant la France. Une exception dans le monde arabo-musulman dont s’enorgueillissent les Tunisiens et surtout les Tunisiennes, même si les conditions d’application de ce droit sont parfois délicates.

Des Tunisiennes défilent avec le drapeau national, lors d\'un rassemblement sur l\'avenue Habib Bourguiba à Tunis, le 14 janvier 2017, qui marque le 6e anniversaire de la révolution 2011.
Des Tunisiennes défilent avec le drapeau national, lors d'un rassemblement sur l'avenue Habib Bourguiba à Tunis, le 14 janvier 2017, qui marque le 6e anniversaire de la révolution 2011. (FETHI BELAID / AFP)

L'avortement en Tunisie est légal depuis 1973 à la demande de la femme, jusqu'à trois mois de grossesse. La Tunisie est, avec la Turquie et Bahreïn, l'un des seuls pays à majorité musulmane où l'interruption volontaire de grossesse est légale.


Entre 12.000 et 16.000 IVG par an en Tunisie
La loi tunisienne est claire: «L’interruption artificielle de la grossesse est autorisée lorsqu’elle intervient dans les trois premiers mois dans un établissement hospitalier ou sanitaire ou dans une clinique autorisée, par un médecin exerçant légalement sa profession.» Et de poursuivre : l’IVG «peut aussi être pratiquée, lorsque la santé de la mère ou son équilibre psychique risquent d’être compromis par la continuation de la grossesse ou encore lorsque l’enfant à naître risquerait de souffrir d’une maladie ou d’une infirmité grave.»


Selon les chiffres, il y aurait entre 12.000 et 16.000 IVG chaque année en Tunisie (62,5% des Tunisiennes utiliseraient régulièrement des moyens de contraception). Ces chiffres tenderaient à prouver que l’avortement serait devenu «un acte banal», affirment certains dans un article du quotidien francophone Le Temps,  indiquait Géopolis en 2016.


Malgré cette avance sociétale et légale, le droit à l'avortement reste un combat. Comme dans beaucoup de pays, si le droit reste entier, les conditions d'application sont parfois difficiles. «Quand l'accessibilité, la disponibilité et la gratuité qui constituent l'essence du droit à la santé sont piétinées, on ne peut pas parler d'un droit effectif. Dans des régions comme Gabes, Béjà et Tozeur, les femmes n'ont pas accès à l'avortement, elles sont obligées de se déplacer ou de recourir aux cliniques privées car les structures publiques en la matière sont inexistantes», explique au Huffpostmaghreb Emna Hsairi, de l'association tunisienne des Femmes Démocrates.


En 2009, le 1er rapport sexuel en Tunisie était de 16,4 ans pour les filles
Quelles que soient les difficultés rencontrées sur les question morales (sexualité hors mariage, homosexualité, IVG...), la société tunisienne avance. Une Conférence nationale sur l'éducation sexuelle s'est tenue à Tunis les 4 et 5 juillet. Les autorités doivent mettre en place une «éducation sexuelle complète» dans les établissements scolaires, ont fait valoir les intervenants, qui s'exprimaient en présence d'un responsable du ministère de l'Education.


Avec le recul de l'âge du mariage en Tunisie – passé chez les femmes de 24,8 ans en 1995 à 27,7 en 2005 –, le nombre de rapports sexuels hors mariage est en constante augmentation, a souligné le sociologue Senim Ben Abdallah. Le «manque d'informations» expose la jeunesse à des «comportements à risque» qui peuvent mener à des «infections sexuellement transmissibles, des interruptions volontaires de grossesse ou à des naissances non désirées», a ajouté cet expert.

En 2009, l'âge moyen pour le premier rapport sexuel en Tunisie était de 16,4 ans pour les filles et 17,4 ans pour les garçons, d'après une enquête de l'Office national de la famille et de la population. Et plus de huit jeunes sur dix (dans la tranche 15-24 ans) disent ne pas avoir utilisé de préservatif lors de leur premier rapport, a renchéri M.Ben Abdallah.