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Tour de France 2017: l’Afrique dans la Grande Boucle

Au moins cinq coureurs africains ont participé à l’édition 2017 du Tour de France. Et une équipe sud-africaine, Dimension Data, s'est engagée dans la compétition. Mais c’est seulement en 2015 que deux cyclistes africains noirs se sont élancés pour la première fois sur le bitume de la Grande boucle. En l’occurrence, deux Erythréens: Daniel Tekleihaimanot et Merhawi Kudus.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Le cycliste érythréen Daniel Teklehaimanot dans la montée du col d'Allos, dans les Alpes, pendant le Tour de France 2017. (REUTERS - Eric Gaillard)

L’Afrique est tout sauf absente du Tour de France. Pour la petite histoire, il faut quand même savoir que le maillot jaune britannique Christopher Froome, qui a grandi en Afrique du Sud, est né le 20 mai 1985 au Kenya.

Au début des années 50, pendant la période coloniale, des Maghrébins avaient concouru au sein d’une équipe d’Afrique du Nord, rapporte L’Equipe. Un coureur comme Abdel-Kader Zaaf a ainsi participé quatre fois au Tour, de 1948 à 1952. La première victoire d’étape d’un représentant du continent remonte à 2007: le Sud-Africain Robert Hunter l’avait alors emporté à Montpellier. Et six ans plus tard, son compatriote Daryl Impey fut le premier à porter (pendant deux jours) le maillot jaune. 

Pour autant, l’histoire du continent dans la Grande Boucle n’a réellement débuté qu’en 2015. Cette année-là, c’est la première fois que deux cyclistes africains noirs sont engagés dans la compétition: il s’agit de deux Erythréens, Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus. C’est aussi la première fois qu’une équipe africaine y participe. En l’occurrence une équipe sud-africaine MTN-Qhubeka. MTN est un opérateur de téléphonie. Qhubeka, mot qui signifie «avancer» en langue xhosa, désigne une fondation se fixant pour but d’équiper en vélos des populations défavorisées. «La participation au Tour va accélérer la progression du cyclisme africain», se félicite alors le directeur du Tour, Christian Prudhomme.

Outre Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus, trois autres coureurs de MTN-Qhubeka sont africains. Il s’agit de trois Sud-Africains: Louis Meintjes et les frères Jacques et Reinhardt Janse van Rensburg.

En 2015, l’équipe va se distinguer. Elle arrive 5e au classement général. Et se fait remarquer, le 18 juillet, grâce au Britannique Steve Cummings, qui emporte la 14e étape le jour du Mandela Day.

Les cyclistes érythréens Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus avec des supporters à Rennes au départ de la 8e étape du Tour de France le 11 juillet 2015. (REUTERS - Benoît Tessier)

Teklehaimanot, champion érythréen
Mais cette année-là, ce sont les deux Erythréens Teklehaimanot et Kudus qui vont retenir l’attention des médias. Pendant quatre jours, le premier va porter le maillot à pois du meilleur grimpeur. Né le 10 novembre 1988 dans les montagnes érythréennes, le coureur est loin d’être un débutant: dès 2010, il a été champion d’Afrique sur route.

«Je suis très fier (…) pour notre équipe africaine», explique le dossard N°129 durant le Tour. Visiblement, sa fierté est partagée par ses compatriotes. Le 26 juillet 2015, Géopolis avait pu observer des supporters érythréens à l’arrivée de la Grande Boucle sur les Champs-Elysées à Paris. Ils brandissaient à bout de bras des drapeaux de leur pays et leur joie faisait plaisir à voir.

Le fait qu’ils puissent se trouver dans la capitale française ne devait certainement rien au hasard. Réputée pour être l’un des pays les plus fermés au monde, parfois appelée la Corée du Nord des sables, l’Erythrée est gouvernée d’une main de fer par Issayas Afeworqi, «mélange d’Ubu et de Kafka». Rien d’étonnant que la dictature tente de récupérer l’image de sympathie que véhiculent ses cyclistes à l’étranger: l’envoi de quelques ressortissants sur le Tour peut donc apparaître comme une opération de communication. A l’heure où des centaines de milliers de ses ressortissants tentent de fuir leur pays au péril de leur vie.

La colonisation italienne (1885-1941) «a introduit le vélo en 1920. Depuis lors, le deux-roues fait partie de notre culture et de notre vie. Erythrée et vélo sont indissociables», faisait valoir en 2015 le commissaire érythréen aux Sports du pays, Zemede Tekle.

Le podium, c’est pour quand?
Aujourd’hui, la fièvre est un peu retombée. L’équipe MTN-Qhubeka a changé de nom et s’appelle désormais Dimension Data, du nom d’une entreprise sud-africaine spécialisée dans l’informatique et les nouvelles technologies. En 2016, six Africains ont couru dans la Grande boucle: Daniel Teklehaimanot, son compatriote Natnael Berhane, l’Ethiopien Tsgabu Grmay, Daryl Impey, Louis Meintjes et Reinhardt Janse van Rensburg. Membre de Dimension Data, le Britannique Mark Cavendish l’emporte alors dans la première étape.

En 2017, l’équipe sud-africaine n’est «plus si africaine», commente Le Monde. Elle n’est composée que de coureurs blancs, dont seulement deux Sud-Africains (Reinhardt Janse van Rensburg et Jaco Venter). Mais d’autres équipes ont engagé des compétiteurs du continent, preuve que celui-ci «a de plus en plus sa place» sur le Tour et au sein de la communauté cycliste internationale. Entre autres, Tsgabu Grmay, embauché par Bahrain-Merida.

Deux Erythréennes attendent le passage de leurs champions, Daniel Teklehaimanot et Merhawi Kudus, à l'arrivée du Tour de France sur les Champs-Elysées à Paris le 26 juillet 2015. (FTV - Laurent Ribadeau Dumas)

En Afrique, «acheter un vélo de course coûte plus cher que courir à pied ou jouer au ballon». Mais pour l’avenir, la présence dans le Tour de France de représentants du continent peut laisser quelques espoirs au cyclisme africain.

Au sein de la branche locale du Centre international du cyclisme à Potchefstroom, près de Johannesburg, l’ancien champion sud-africain Jean-Pierre Van Zyl a formé, en une décennie, plus d’un demi-millier de sportifs venus d’une trentaine de pays. Pour lui, cinq d’entre eux peuvent rivaliser avec les grands du sport cycliste: l’Afrique du Sud, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Maroc et le Rwanda. Et de prédire (en 2016): «D’ici à cinq ans, il y aura un coureur noir africain sur le podium d’un grand tour.»

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