Sida : les infections sont à la baisse en Afrique, mais le Covid-19 pourrait tout compromettre

Les mesures de confinement ont totalement désorganisé les circuits d'approvisionnement des traitements antirétroviraux dans plusieurs pays du continent.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Distribution de traitements antirétroviraux à une personne séropositive dans un centre médical de Lomé, au Togo, le 18 octobre 2011. (GODONG / ROBERT HARDING HERITAGE)

Le chemin est encore long, mais il y a eu des progrès certains dans la lutte contre le sida dans le monde au cours des dix dernières années. En 2019, quelque 1,7 million de nouvelles infections au VIH, le virus du sida, ont été enregistrées. Soit une baisse de 23% depuis 2010. Et si les statistiques sont à la baisse, explique Winnie Byanyima, la directrice exécutive de l'Onusida, c'est en grande partie à cause d'une diminution de 38% dans l'est et le sud de l'Afrique.

Il est vrai que les infections sont plutôt à la hausse dans plusieurs autres parties du monde, y compris dans la partie nord du continent africain, au Maghreb (+22%). C'est le cas aussi en Europe de l'Est et en Asie centrale où les infections atteignent des sommets (+72%). Des hausses également au Moyen-Orient (+22%) et en Amérique latine (+21%).

Des malades confinés sans accès aux traitements

Rien qu'en Afrique, on compte aujourd'hui près de 26 millions de personnes vivant avec le VIH. 64% d'entre elles, soit 16 millions de personnes, étaient sous traitement antirétroviral en 2018. Certains ont malheureusement vu leur traitement interrompu par les mesures de confinement dues la pandémie de Covid-19. Les services de lutte contre le VIH ont dû fermer, ou se sont retrouvés dans l'incapacité de fournir des traitements antirétroviraux, du fait de perturbations dans la chaîne d'approvisionnement.

"Une interruption totale de traitement pendant six mois pourrait entraîner plus de 500 000 morts supplémentaires de maladies opportunistes liées au sida en Afrique subsaharienne en 2020-2021", prévient le rapport annuel de l'Onusida. C'est la deuxième fois, en deux mois, que l'Agence onusienne dédiée à la lutte contre le sida tire la sonnette d'alarme.

La crainte d'une rupture de stocks d'antirétroviraux

Selon les statistiques fournies par l'Onusida, deux-tiers des séropositifs dans le monde, soit quelque 25 millions sur 38, suivent désormais des traitements qui permettent de ne plus transmettre le virus du sida. C'est la plus forte proportion jamais atteinte et c'est dix fois plus qu'au milieu des années 2000. Il faut donc maintenir, coûte que coûte, le libre accès aux traitements antirétroviraux aux personnes séropositives et à des prix abordables. L'agence onusienne s'alarme des potentielles conséquences du confinement et des fermetures des frontières sur la production et la distribution des médicaments.

On estime que le coût total des traitements antirétroviraux produits en Inde pourraient être de 10% à 15% plus élevés que leur prix normal

Rapport Onusida, l'agence de l'ONU de lutte contre le sida

Des craintes partagées par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), dont une récente enquête montre que 73 pays s'attendent à une rupture de stocks d'antirétroviraux à cause de la pandémie de coronavirus.

Nous ne pouvons pas laisser la pandémie de Covid-19 détruire les progrès si chèrement acquis dans la réponse mondiale contre le sida

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS

C'est dire l'ampleur de la tâche, alors que le coronavirus est loin d'avoir dit son dernier mot.

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