Pétrole: Total mise sur l’Angola qui en a bien besoin

L'Angola et Total ont inauguré le 10 novembre 2018 un nouveau champ pétrolier en eau profonde sur lequel opère le groupe français. Un coup de fouet très attendu à la production du pays africain depuis la chute des cours du brut qui a fait plonger son économie dans la crise en 2014. Alors que le nouveau président tente de lutter contre une corruption galopante.

Plateforme pétrolière au large des côtes angolaises 
Plateforme pétrolière au large des côtes angolaises  (MARCEL MOCHET / AFP)

Localisé à 250 km au large de la capitale Luanda, le projet Kaombo est la plus importante opération offshore jamais lancée en Angola. Il représente un investissement de 16 milliards de dollars (14,11 milliard d’euros).

Deux bateaux de plus de 300 mètres de long doivent y pomper le brut de six nappes éparpillées sur 800 km², ce qui rend la production «particulièrement complexe», explique-t-on chez Total. Un réseau de plus de 300 km de tubes a été posé jusqu'à 2000 mètres sous la mer pour remonter les hydrocarbures en surface. Il s’agit là d’un record mondial. En raison de la profondeur des eaux explorées (1950 mètres), «les conditions de température et de pression sont extrêmes et cela nécessite le déploiement de technologies fiables et rentables», observe la compagnie pétrolière.

Le premier des deux navires, Kaombo Norte, a effectué sa première production en juillet. Il devrait être rejoint à la mi-2019 par son double, Kaombo Sul. A terme, ils doivent produire 230.000 barils par jour, soit 15% de la production actuelle du pays, pour des réserves totales estimées à 650 millions de barils. «A ce rythme (…), ce nouveau champ offshore devrait produire pendant au moins sept ans. De quoi permettre au gouvernement actuel de soutenir la diversification de l’économie angolaise, encore dépendante aujourd’hui des hydrocarbures», observe RFI.
Sur le front de mer de Luanda, capitale de l\'Angola, le 2 juin 2016
Sur le front de mer de Luanda, capitale de l'Angola, le 2 juin 2016 (BENJAMIN SHEPPARD / AFP)

A point nommé
Le projet dirigé par le groupe français, en partenariat avec la compagnie nationale angolaise Sonangol, la joint-venture SSI (Sonangol et le chinois Sinopec), l’américain Esso et le portugais Galp, intervient ainsi à point nommé pour les autorités angolaises. La production du pays a en effet diminué ces dernières années «en raison du manque d’investissements dans des équipements offshore vieillissants», observe Reuters. Elle atteint aujourd’hui 1,5 millions de barils par jour.

Historiquement bien implantée en Afrique, la compagnie française n’a pas suivi la stratégie de certaines de ses concurrentes et a «largement ignoré les hydrocarbures de schiste américains». Elle continue de chercher à investir dans la partie subsaharienne du continent et au Moyen-Orient. Et ce en dépit de l’instabilité politique qui a découragé des sociétés rivales. Les coûts de production dans ces régions «sont les plus élevés» des six zones géographiques où Total intervient, selon son rapport annuel 2017 cité par Reuters.

Le groupe produit 40% du brut extrait d'Angola, deuxième fournisseur d'Afrique subsaharienne derrière le Nigeria.

«Nous allons maintenir notre production pour les prochaines années», a affirmé le PDG de Total, Patrick Pouyanné, après l'inauguration. «Il y a une dynamique très positive, les prix du pétrole sont plus élevés et la volonté du gouvernement angolais de favoriser l'industrie pétrolière est la bienvenue», a-t-il ajouté devant la presse. «Le démarrage de Kaombo est une étape majeure pour Total. Développer les 650 millions de barils de réserves estimées contribuera au cashflow (flux de trésorerie, NDLR) et à l’augmentation de la production du groupe en Afrique», a déclaré de son côté Arnaud Breuillac, directeur général Exploration-Production, cité par le site de la compagnie pétrolière. 

Le président angolais, Joao Lourenço, à Berlin le 22 août 2018.
Le président angolais, Joao Lourenço, à Berlin le 22 août 2018. (JOHN MACDOUGALL / AFP)

Pauvreté et lutte contre la corruption
Au début des années 2000, l'Angola a connu une période de très forte croissance à deux chiffres nourrie par le pétrole. Mais en 2014, la forte baisse des prix du brut, dont la vente représente 90% des exportations du pays et 70% de ses recettes, l’a précipité dans la récession et fait chuter la devise nationale, le kwanza.

Le cours du baril a atteint son plus haut depuis quatre ans en octobre mais s'est récemment tassé.

Elu en 2017 après 38 ans du règne de Jose Eduardo dos Santos, le président angolais Joao Lourenço a promis au pays un «miracle économique». Lequel passe par la relance de sa production pétrolière et la diversification de ses activités. «Nous avons comme objectif de maintenir la production, le gouvernement s'est engagé à ce que ce chiffre ne baisse pas pendant son mandat», a déclaré le ministre du Pétrole, Diamantino Azevedo.

L'Angola est considéré comme l'un des pays les plus pauvres d'Afrique, et l’un des très corrompus (167e sur 180 pays recensés par le classement de l’ONG Transparency International). Près de la moitié de sa population (28 millions d’habitants) vit sous le seuil de pauvreté, alors que 30 milliards de dollars (26,45 milliards d’euros), déposés par des Angolais, dormiraient dans des banques étrangères, dixit Le Monde. Le nouveau président a lancé une vaste opération, «sélective mais bien réelle», contre la corruption, selon le quotidien français. Une opération qui n’épargne pas des proches de son prédécesseur.

Dans un bidonville, près de Luanda, capitale de l\'Angola le 31 août 2012
Dans un bidonville, près de Luanda, capitale de l'Angola le 31 août 2012 (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)