"Merci et au revoir" : en Algérie, le journal "Liberté" s'arrête après 30 ans d'existence

Le quotidien francophone algérien "Liberté" cesse de paraître à partir de ce jeudi 14 avril, après la décision de son propriétaire, le richissime homme d'affaires Issad Rebrab, de le liquider. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le dernier numéro du quotidien algérien francophone "Liberté" dans un kiosque à Alger, le 14 avril 2022. (RYAD KRAMDI / AFP)

"Merci et au revoir", titre le quotidien Liberté pour sa dernière Une, après 30 ans d'existence. "Le rideau est tombé sur Liberté, notre journal, votre journal qui a porté trente ans durant les idéaux de démocratie et de liberté et constitué le porte-voix de l'Algérie qui avance. C'est une page exaltante de l'exercice du métier qui se tourne, sous les coups de boutoir d'une politique médiatique pour le moins hostile, inefficiente et, surtout, dommageable pour les intérêts et l'image du pays", écrit en Une le journal qui porte la devise "Le droit de savoir et le devoir d'informer".

Une voix qui s'éteint 

Après avoir connu l'euphorie lors de l'ouverture du paysage médiatique au secteur privé à la fin des années 1980, l'Algérie a vu disparaître ces vingt dernières années des titres comme Le Matin, La Tribune ou l'hebdomadaire La Nation, faute de revenus publicitaires et en raison d'une chute de leurs ventes. La fermeture de Liberté survient dans un climat difficile pour la presse algérienne, avec une dizaine de journalistes poursuivis ou condamnés, notamment pour diffamation d'hommes politiques ou en raison de publications sur les réseaux sociaux. 

""C'est une voie et une voix de l'expression plurielle qui s'éteint dans un pays sur la pente de la non-pensée unique""

Kamel Daoud, journaliste-écrivain

à Liberté

Fin d'une époque

Des intellectuels et des personnalités algériennes avaient signé une pétition pour que le propriétaire revienne sur sa décision. En vain. Issad Rebrab est le deuxième homme le plus riche du monde arabe, selon le magazine Forbes qui estime sa fortune à 3,8 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros). Le milliardaire, qui a souhaité par le passé construire un empire médiatique, désire désormais se concentrer sur l'industrie au moment de passer la main à ses héritiers. Le monde des médias a été une source de tracas pour lui, et lui a valu de fortes pressions politiques.

L'Algérie figure à la 146e place (sur180) du classement mondial de la liberté de la presse 2021 de Reporters sans Frontières (RSF). 

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