Maroc : l’universitaire et défenseur des droits de l’Homme Maati Monjib victime de harcèlement judiciaire

Des universitaires d’une dizaine de pays prennent la défense de l’historien marocain, poursuivi avec six autres personnes "pour atteinte à la sécurité de l’Etat". Son tort, être également un défenseur des libertés académique et de la presse.

Maati Monjib, universitaire marocain et défenseur des droits de l\'Homme, pendant sa grève de la faim au bureau régional de l\'Association marocaine des droits de l\'Homme (AMDH), le 28 octobre 2015.
Maati Monjib, universitaire marocain et défenseur des droits de l'Homme, pendant sa grève de la faim au bureau régional de l'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH), le 28 octobre 2015. (FADEL SENNA / AFP)

Enseignant-chercheur à l’Institut d’études africaines de l’université de Mohammed V de Rabat, Maati Monjib est depuis 2014 soumis à "des épreuves kafkaïennes" et "fait l’objet de campagnes incessantes de diffamation et de harcèlement moral".

Historien et défenseur des droits de l'Homme

Des pratiques dénoncées par plus de 300 universitaires d’une dizaine de pays dans une tribune collective rendue publique le 16 mai 2019. Dans leur texte, les signataires apportent leur soutien à l’historien marocain poursuivi depuis 2014 pour "atteinte à la sécurité de l’Etat", en même temps que six autres journalistes et militants des droits humains.

Agé de 57 ans, Maati Monjib collabore au site Orient XXI pour lequel il a écrit des papiers sur le Hirak, la révolte dans le Rif ou sur les dissidents marocains. Il est également président de l’association Freedom now pour la liberté de la presse et en lien avec la formation de jeunes journalistes à des outils de la presse citoyenne.

Les personnes poursuivies encourent une peine allant de un à cinq ans de prison ainsi que de lourdes amendes. Mais depuis son ouverture en novembre 2015, ce procès a déjà été reporté quatorze fois. Chaque audience durant généralement quelques secondes avant d’être reportée. La prochaine devrait se tenir en juillet.

Le choix Kafkaïen "entre reconnaître une accusation fallacieuse et être radié"

La dernière incartade en date de l’historien, pour laquelle il est désormais menacé d’être radié de l’université et de la fonction publique, remonte à juin 2018. Invité à Paris pour faire partie du jury de HDR (Habilitation à diriger des recherches) de l’architecte paysagiste Mounia Bennani, il a avisé ses autorités de tutelle, produit les documents exigés dont la convocation officielle de l’ENS (Ecole normale supérieure), sans obtenir un accord administratif formel, rapportent les auteurs de la tribune.

Maati Monjib qui a derrière lui trois grèves de la faim, dont une de 24 jours en octobre 2015 pour "défendre son droit à la circulation", décide quand même de participer à la soutenance. Mais à son retour à Rabat, il reçoit des "demandes d’explications" des autorités universitaires, pendant que son ministère de tutelle a engagé contre lui une procédure en abandon de poste lui laissant "le choix entre reconnaître des accusations fallacieuses ou être radié", souligne le texte.

La déclaration des universitaires, qui est adressée au doyen de l'Université Mohammed V, est signée notamment (sans surprise) par Mounia Bennani-Chraïbi (Université de Lausanne), Pierre Vermeren (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) ou Bernabe Lopez Garcia (Université autonome de Madrid). "L’institut des études africaines se flatte sur sa page web de favoriser la coopération universitaire internationale et la mobilité des enseignants… En notre qualité de professeurs universitaires et de chercheurs, nous exprimons toute notre inquiétude face à cette entrave à la liberté académique", conclut la tribune.