Louise Mushikiwabo, secrétaire générale de la Francophonie, veut faire du français la langue de l'internet

La Rwandaise Louise Mushikiwabo est la nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). L’ancienne ministre des Affaires étrangères du Rwanda veut faire du français la langue du numérique et de la jeunesse. A l'occasion de sa prise de fonctions, elle laisse entrevoir ses priorités dans une interview à l’AFP. 

Passation de pouvoir à la tête de l\'Organisation internationale de la francophonie entre la canadienne Michaelle Jean (G) et la rwandaise Louise Mushikiwabo (D). Photo prise le 12 octobre 2018 à Erevan (Arménie) en présence du premier ministre arménien Nikol Pashinyan.
Passation de pouvoir à la tête de l'Organisation internationale de la francophonie entre la canadienne Michaelle Jean (G) et la rwandaise Louise Mushikiwabo (D). Photo prise le 12 octobre 2018 à Erevan (Arménie) en présence du premier ministre arménien Nikol Pashinyan. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Louise Mushikiwabo succède à la Canadienne Michaëlle Jean à la tête de l'OIF qui compte 88 pays dans ses rangs. L'arrivée de cette personnalité rwandaise marque le retour de l'Afrique à la direction de l'organisation. Une organisation de défense de la langue française portée à l'origine par quelques pères fondateurs africains : le Sénagalais Léopold Sédar Senghor, le Tunisien Habib Bourguiba ou le Nigérien Hamani Diori.

Un retour logique à l'Afrique, alors que le continent fournit 80% de la croissance du nombre de locuteurs francophones dans le monde. "L'Afrique est une partie motrice de la Francophonie. C'est un peu naturel, c'est normal, que l'Afrique soit à la tête de la Francophonie. Ceci dit, je suis aussi consciente que la Francophonie va bien au-delà de l'Afrique. En tant que secrétaire générale, je vais tout faire pour que tout le monde se retrouve dans notre organisation", affirme dans une interview à l'AFP Louise Mushikiwabo.

Le français peut aussi être la langue d'internet

Dans cette interview accordée à l'AFP, Louise Mushikiwabo précise ses ambitions pour son mandat de quatre ans : "J'aimerais beaucoup qu'on positionne la langue française comme la langue de l'internet. Avec les proportions de jeunes dans l'espace francophone, c'est très faisable. Mais il y a du travail à faire, je ne me fais pas d'illusion. On peut utiliser le numérique comme atout pour les questions de l'emploi. (...) Tout ce qui est numérique intéresse la jeunesse, donc je pense qu'on peut combiner très bien l'aspect numérique et l'intérêt de la jeunesse."

La nouvelle secrétaire générale de l'OIF sait que son action sera observée de près, alors que sa proximité avec le président rwandais Paul Kagame pose la question de son indépendance. "Je représente la Francophonie. Je vais mettre toute mon énergie pour cette organisation. Désormais, je ne suis plus ministre des Affaires étrangères du Rwanda. Toute action, toute décision, toute activité de la Francophonie, je vais l'exécuter en tant que secrétaire générale de la Francophonie."

Pas de concurrence entre les langues

La nomination de Louise Mushikiwabo représente un rapprochement diplomatique spectaculaire entre Paris et Kigali. Le président Paul Kagame, en froid avec Paris depuis le génocide rawandais, a remplacé en 2008 le français par l'anglais en tant que langue obligatoire à l'école. 

Interrogée par Loïc Vennin, la nouvelle patronne de l'OIF prône une cohabitation plutôt qu'une confrontation entre les langues. "Le Rwanda est un pays francophone. C'est aussi un pays anglophone. C'est aussi un pays swahilophone et en tout premier lieu, on parle le kinyarwanda, notre langue nationale (...). Nous croyons beaucoup au Rwanda à cette cohabitation des langues qui ne doit pas nécessairement causer de problèmes."

Le français est la langue étrangère la plus parlée par les Rwandais et l'importance de la langue française va aller en grandissantLouise Mushikiwaboà l'AFP

"La langue française n'a pas de complexes à avoir par rapport à l'anglais. Mais le monde aujourd'hui est tel qu'il est bénéfique à ceux qui parlent français de parler d'autres langues. On va beaucoup plus loin avec plusieurs langues. On a plus de chance dans l'emploi et la formation avec plus de langues. Je n'y vois vraiment aucun inconvénient."