Libye : Près de 10 000 hommes, femmes et enfants "piégés" dans des centres de détention pour migrants

Plusieurs organisations internationales ont exprimé leur inquiétude concernant les conditions de vie des migrants et demandeurs d'asile. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des migrants africains regroupés dans un camp de fortune dans une banlieue de Tripoli, le 11 octobre 2021. (MAHMUD TURKIA / AFP)

Raids policiers, arrestations arbitraires, détentions forcées. L'ONU a dénoncé une série "d’événements horribles" en Libye concernant les migrants. Les incidents se sont multipliés ces derniers jours dans la capitale, Tripoli, dans un climat de tension et de blocage.

Des arrestations de masse

Début octobre, les autorités libyennes ont mené un raid policier dans un quartier pauvre à l’ouest de Tripoli où vivent des centaines de migrants dans des camps de fortune. L’opération menée au nom de la lutte contre le trafic de drogue a fait au moins un mort et cinq blessés, selon l’ONU. Elle s’est également soldée par l’arrestation de plus 4 000 migrants et réfugiés. Des hommes mais aussi des femmes et des enfants qui ont été transférés dans deux centres de détention, déjà surpeuplés, de la capitale.

"Ils nous ont agressés, humiliés, beaucoup d’entre nous ont été blessés"

Halima Mokhtar Bchara, réfugiée soudanaise de 27 ans

à l'AFP

Des tirs à balles réelles


La jeune femme qui témoigne a réussi à s’échapper avec ses trois enfants du centre de détention Al-Mabani. Ce jour-là, six migrants ont été tués et une vingtaine d’autres blessés à la suite d’une émeute et d’une tentative d’évasion massive. Les autorités libyennes parlent d’une bousculade, mais l’Organisation internationale pour les migrants (OIM) affirme que les victimes ont été visées par des tirs à balles réelles et parle d’une "tuerie insensée".

"Certains de nos employés qui ont été témoins de cet incident décrivent des migrants blessés gisant au sol dans une mare de sang. Nous sommes dévastés par ces tragiques pertes humaines"

Federico Soda, chef de mission de l'OIM en Libye

Des violations "à grande échelle"

Pour l’OIM, le recours à la force excessive et à la violence sont courants dans les centres de détention et rappelle que près de 10 000 personnes se trouvent "piégées dans des conditions sinistres" dans ces centres officiels dont l’accès est souvent restreint pour les travailleurs humanitaires. Parmi les migrants détenus récemment, on compte des centaines de femmes et d’enfants dont 30 nourrissons qui sont "en danger immédiat", selon l'Unicef. Amnesty international et plusieurs ONG dénoncent depuis des années "les souffrances des migrants", dont beaucoup sont interceptés en mer et renvoyés en Libye.

Un rapport de la mission d’enquête indépendante sur la Libye, publié début octobre, avait conclu que les violations subies par les migrants dans le pays pourraient constituer des crimes contre l’humanité.

"Les violations à l'encontre des migrants sont commises à grande échelle par des acteurs étatiques et non-étatiques, avec un haut niveau d'organisation et avec l'encouragement de l’Etat - tout cela est évocateur de crimes contre l'humanité"

Chaloka Beyani, membre de la mission d'enquête indépendante sur la Libye

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