Lesotho : la femme du Premier ministre Thomas Thabane poursuivie pour meurtre

Le fait divers attise une nouvelle crise politique dans le petit pays d'Afrique.

Maesaiah Thabane photographiée aux côtés de Thomas Thabane lors de l\'investiture de ce dernier à Maseru, au Lesotho, le 16 juin 2017.
Maesaiah Thabane photographiée aux côtés de Thomas Thabane lors de l'investiture de ce dernier à Maseru, au Lesotho, le 16 juin 2017. (SAMSON MOTIKOE / AFP)

La police du Lesotho affirme avoir un dossier solide pour accuser Maesaiah Thabane, la femme du Premier ministre Thomas Thabane, d’avoir participé au meurtre de la précédente épouse du Premier ministre. "Nous avons collecté suffisamment d’éléments pour envoyer cette personne devant un tribunal pour répondre de ces accusations", a expliqué devant la presse Paseka Mokete, un commissaire de police adjoint.

Accusations lourdes

Selon la police, Maesaiah Thabane est le cerveau de l’affaire. Elle a orchestré l’assassinat de Lipolelo Thabane, tombée dans une embuscade à deux pas de chez elle. Lipolelo Thabane, 58 ans, vivait séparée de son mari depuis 2012. Un soir de juin 2017, alors qu’elle rentrait chez elle en voiture accompagnée d’une amie, elle a reçu plusieurs balles à bout portant et est morte sur le bord de la route.

Après une nuit de garde à vue, Maesaiah Thabane a été laissée en liberté moyennant une caution de 61 euros. Une somme dérisoire qui ne risque pas de l’empêcher de quitter le territoire. Or, durant près d’un mois, Maesaiah Thabane a tenté de se soustraire à la justice. Elle n’a pas répondu à la convocation de la justice et a fui en Afrique du Sud. Finalement, après un accord entre ses avocats et la police, elle a accepté de se rendre.

L’affaire ne sera jugée que le 28 février. La police accuse également huit autres suspects d’être impliqués dans le meurtre.

Crise politique

Mais l’affaire a également débordé sur le terrain politique. Le Premier ministre lui-même a été entendu dans l’enquête. L’ancien chef de la police, Holomo Molibeli, l’a accusé d’être impliqué. Le téléphone de Thomas Thabane aurait borné sur le lieu du crime. Une accusation qui a coûté son poste au chef de la police, limogé par Thabane.

Mais si le Premier ministre semble désormais hors de cause, il a annoncé sa prochaine démission, sans en fixer de date. "Il faut dire la vérité, j’ai avancé en âge et mes forces sont moindres", a déclaré Thomas Thabane. Mais certains observateurs pensent que son propre parti politique l’a poussé vers la sortie.

Le roi Letsie III va donc devoir convoquer de nouvelles élections, pour la quatrième fois en huit ans. Cela illustre l’instabilité politique chronique de ce minuscule Etat. Et la carrière politique de Thomas Thabane semble décidément marquée par les crimes de sang. En juin 2017, son épouse est tuée deux jours avant son investiture de Premier ministre, mais c’est le meurtre de l’ancien chef des armées, un proche de Thabane, qui a provoqué une crise politique conduisant à des élections anticipées.

L’œil de Pretoria

"Il n’est pas sûr", écrit le Mail & Guardian "qu’un nouveau vote apporte plus de stabilité". L’interventionnisme répété de l’Afrique du Sud dans les affaires du pays n’y a pas plus contribué souligne le journal.

L’affaire Thabane relance en tout cas le débat sur l’indépendance du Lesotho, débat qui fait rage depuis des années, souligne le site Eyewitness news. Mais cette fois, c’est le ministre des Finances d’Afrique du Sud, Tito Mboweni, qui secoue les réseaux sociaux. "Crise politique au Lesotho : selon moi la solution c’est l’Afrique du Sud. Supprimez la frontière !", a écrit Mboweni.

Pour la première fois, un ministre sud-africain appelle à un Etat fédéral entre les deux pays. Il est vrai que le petit Etat enclavé doit beaucoup à l’Afrique du Sud pour sa survie. 400 000 Basothos vont travailler dans la Nation arc-en-ciel, soit un habitant sur cinq. Un certain François lui répond : "L'Afrique du Sud ne peut même pas résoudre ses propres problèmes."