Les Africains menacés par la hausse des frais universitaires en France

Depuis le 19 novembre 2018, le monde estudiantin en France est en ébullition. Du moins celui des étudiants étrangers et plus particulièrement celui des Africains. En effet, l’annonce du projet d’une hausse vertigineuse des frais d’inscriptions en 1re année laisse à penser que les étudiants venus des pays les plus pauvres ne pourront plus suivre leurs études en France.

Cité internationale universitaire de Paris
Cité internationale universitaire de Paris (Serge Attal/AFP)

Dès 2019, l’inscription en licence dans une université française s’élèvera à 2770 euros, au lieu de 170 euros actuellement, soit 16 fois plus. Cette mesure ne concernera que les étudiants étrangers non européens.
Aussi, ce projet inquiète en premier lieu les 160.000 étudiants africains, soit près de la moitié des étudiants étrangers en France. Ils dénoncent une mesure qui va leur fermer les portes des facultés françaises, nous dit RFI.

«De facto, ça exclut une certaine catégorie sociale africaine», déclare Ousmane Bocar Diallo, un étudiant sénégalais au micro de RFI«On connaît tous la situation économique de l’Afrique. Ce n’est pas toutes les familles qui auront les moyens d’assumer ces frais d’inscription.»

Et ce n’est pas le doublement des bourses d’Etat réservées aux étudiants étrangers qui compensera cette hausse. 15.000 bourses en tout, même si elles «concerneront prioritairement les étudiants en provenance du Maghreb et des pays d’Afrique», cela laisse pas mal d’étudiants sur le carreau. Le syndicat étudiant Unef soutient les étudiants étrangers et réclame au gouvernement l’abandon du projet.

Soft Power
Mais la France veut jouer sur son «soft power» et accueillir des étudiants venus de pays pour l’heure peu présents: Chine, Russie, Inde. Bref, les pays émergents, dont le nombre d’étudiants accueillis en France doit doubler, selon le président Macron. La France est pourtant déjà le quatrième pays d’accueil au monde, mais elle veut plus d’étudiants et passer de 320.000 à 500.000 étudiants étrangers. Et la hausse des frais d’inscription servirait à financer ce plan.

Mais surtout comme l’écrit Le Monde, la France veut «faire le ménage dans le groupe de ceux qui viennent traditionnellement et qu’on accueille davantage en sciences humaines que dans les disciplines scientifiques à haut potentiel.»

Formation au rabais
Or, l’attractivité française passerait aussi par le coût des études universitaires. En d’autres termes, des frais d’inscriptions trop bas laissent à penser que la formation est au rabais. Mais si la France perd les étudiants africains, il n’est pas sûr qu’elle gagnera ceux des pays émergents. D’ailleurs l’Unef a noté que la Cour des Comptes conseillait d’étendre l’augmentation des frais d’inscriptions à l’ensemble des étudiants, étrangers ou non.