Le virus Ebola est-il oui ou non présent en Tanzanie ?

L'Organisation mondiale de la santé reproche aux autorités tanzaniennes de ne pas tout dire à propos de suspicions de cas d'Ebola, au risque de favoriser la propagation du virus, qui a fait plus de 2100 morts dans cette région d'Afrique de l'Est en un peu plus d'un an. Dar es-Salaam a convoqué la représentante de l'OMS. 

Le sigle de l\'Organisation mondiale de la santé, lors de la conférence annuelle de l\'institution en 2009 à Genève.
Le sigle de l'Organisation mondiale de la santé, lors de la conférence annuelle de l'institution en 2009 à Genève. (DENIS BALIBOUSE / REUTERS)

La nouvelle n'a pas été confirmée officiellement, mais il n'en fallait pas plus pour mettre l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur ses gardes. Dans un communiqué publié le 21 septembre 2019 (lien en anglais), l'institution onusienne déclare avoir appris le 10 septembre qu'un cas présumé d'Ebola avait été signalé à Dar es-Salaam, la capitale de la Tanzanie. Le patient en question aurait été testé positif au virus Ebola et certains de ses proches auraient été placés en quarantaine. L'organisation précise que deux autres cas suspects ont été officieusement signalés. "Malgré plusieurs demandes, l'OMS n'a reçu des autorités tanzaniennes aucun autre détail sur ces cas", regrette le communiqué.

Mi-septembre 2019, la Tanzanie a publiquement assuré qu'il n'y avait pas de virus Ebola (lien en anglais) dans le pays, tout en refusant un "test de confirmation secondaire" dans un centre onusien, selon cette dernière. Puis, jeudi 19, l'organisation de l'ONU pour la santé a été informée qu'un contact du patient était malade et hospitalisé.

"Le risque a été jugé très élevé"

"A ce jour, les détails cliniques et les résultats de l'enquête, y compris les tests de laboratoire effectués pour un diagnostic différentiel de ces patients, n'ont pas été communiqués à l'OMS. L'insuffisance des informations reçues par l'OMS ne permet pas de formuler des hypothèses sur la cause possible de la maladie", rapporte le communiqué. "Le peu d'informations officielles disponibles auprès des autorités tanzaniennes représente un défi pour évaluer le risque posé", souligne encore l'OMS.

L'information selon laquelle que "le patient initial a beaucoup voyagé en Tanzanie et l'incertitude et le manque d'informations entourant ces cas qui, s'ils étaient confirmés, représenteraient la toute première épidémie d'Ebola dans le pays, font que le risque a été jugé très élevé au niveau national", insiste le communiqué. L'OMS juge "ne pas être au courant de signes d'une transmission étendue de maladies quelconques liées à ces cas", mais elle estime que des enquêtes, y compris avec le soutien de ses centres de coopération, "devraient se poursuivre pour parvenir à un diagnostic et préciser l'évaluation du risque".

La représentante de l'OMS convoquée par la Tanzanie

Des termes qui ont eu pour premier effet de provoquer la colère du gouvernement tanzanien. Le 24 septembre, le ministre adjoint des Affaires étrangères Damas Ndumbaro convoquait Tigest Ketsela Mengestu, la représentante de l'OMS, pour lui demander des explications.

"Le gouvernement a convoqué la représentante de l'OMS pour obtenir plus de détails sur son communiqué qui a été diffusé par les médias. La représentante a insisté sur le fait que l'OMS n'avait ni fait état, ni reçu la preuve de cas d'Ebola en Tanzanie", a écrit le porte-parole de l'exécutif dans un message accompagné de photos et d'une vidéo de la rencontre. Tigest Ketsela Mengestu y "remercie" son hôte de lui donner l'opportunité de s'expliquer. "L'OMS n'a pas dit qu'il y avait (des cas de contamination à) l'Ebola. Je souhaiterais souligner que nous n'avons pas dit ça."

Les pays d'Afrique de l'Est sont en état d'alerte à la suite de la propagation d'Ebola en République démocratique du Congo, voisine de la Tanzanie, qui a fait plus de 2100 morts en un peu plus d'un an. C'est la deuxième plus grave épidémie de l'histoire de ce virus, derrière celle qui a tué plus de 11 000 personnes en Afrique de l'Ouest (Guinée, Sierra Leone et Liberia) entre 2014 et 2016. La lutte contre sa propagation est gênée par les conflits dans l'est de la RDC, ainsi que par les attaques contre les équipes médicales qui ne faiblissent pas avec le temps.