Le Covid-19 risque d'amoindrir les efforts réalisés en matière de couverture vaccinale en Afrique

Plusieurs pays ont signalé des perturbations dans les campagnes de vaccination contre des maladies à cause de la pandémie. Ce qui pourrait générer d'autres crises sanitaires.  

Un enfant reçoit une injection pendant la campagne de vaccination contre la rougeole, la rubéole et la poliomyélite le 19 octobre 2019 à Kampala, la capitale ougandaise. 
Un enfant reçoit une injection pendant la campagne de vaccination contre la rougeole, la rubéole et la poliomyélite le 19 octobre 2019 à Kampala, la capitale ougandaise.  (BADRU KATUMBA / AFP)

Les pays africains font face à une pandémie qui ébranle leur système de santé. Les progrès réalisés en termes de couverture vaccinale (la proportion d'enfants qui reçoit les vaccins recommandés) se trouvent également menacés plusieurs mois après l'apparition du Covid-19. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) ont de nouveau tiré la sonnette d'alarme au regard des dernières données sur la vaccination dans le monde.

"Les vaccins sont parmi les outils les plus puissants de l'histoire de la santé publique et le nombre d’enfants qui se font vacciner est aujourd’hui plus élevé que jamais", a récemment déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS. Aujourd'hui, la pandémie menace ces progrès." Notamment ceux dans la zone Afrique de l'OMS qui ont été les plus importants dans le monde en vingt ans (1995-2015). 

Des campagnes de rougeole et de rubéole annulées

Selon l'OMS et l'Unicef, "des données préliminaires sur les quatre premiers mois de 2020 montrent une chute notable du nombre d'enfants ayant reçu les trois doses du vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche (DTC)". Par conséquent, pour "la première fois en vingt-huit ans (...), le monde pourrait connaître un recul de la couverture du DTC3 (la troisième dose du vaccin, NDLR), le principal indicateur de la couverture vaccinale au sein des pays et entre eux." En 2019, ce dernier était de 85% dans le monde. 

Cinq pays africains sur 24 dans le monde ont signalé la perturbation de leurs programmes de vaccination contre la rougeole et la rubéole par le Covid-19 : le Nigeria (le pays le plus peuplé d'Afrique), la République démocratique du Congo (qui connaît d’autres épidémies et qui, en 2019, a enregistré près de 40% des 863 000 cas de rougeole signalés), le Soudan du Sud, l’Ethiopie, la Somalie et la Tunisie. Une situation qui aggrave les risques d'épidémie en 2020 et au-delà. 

Ainsi, au moins une trentaine de campagnes ont été annulées ou sont en passe de l’être du fait de la pandémie. Et ce, alors même que le Centre africain de prévention et de lutte contre les maladies (CDC-Afrique) de l’Union africaine (UA) préconise, outre les gestes barrières contre le Covid-19, d’être à jour de ses vaccins et de se faire, si possible, vacciner contre celui de la grippe saisonnière.

Se vacciner pour ne pas cumuler pandémie et épidémies

"Les flambées de maladies que l'on peut éviter par la vaccination sont de plus en plus probables dans les endroits où les taux de couverture vaccinale sont restés faibles pendant plusieurs années avant la pandémie", expliquent l'OMS et l’Unicef. "La couverture vaccinale a stagné au cours de la dernière décennie (2010-2019), laissant près de 20 millions d'enfants sans protection. Près de la moitié d'entre eux vivent sur le continent africain (zone Afrique de l'OMS, NDLR)."

Notamment dans l’Ouest et le centre. Ces régions, bien qu'ayant "réalisé des progrès importants en matière de couverture vaccinale", sont "beaucoup plus en retard par rapport à toutes les autres", note le dernier rapport sur la vaccination. Selon l'Unicef, seuls 66% des enfants de la zone (contre 96% en Europe et en Asie centrale) sont protégés contre les maladies infectieuses les plus communes. Le Nigeria, où un peu plus de la moitié des enfants (57%) ont été vaccinés en 2019,  la RDC, l'Ethiopie et l'Angola figurent parmi les dix pays dans le monde où l'on compte le plus d'enfants qui n'ont reçu aucune dose ou des doses incomplètes de vaccin.  

"La souffrance et la mort causées aux enfants lorsqu'ils ne reçoivent pas tous les vaccins systématiques – et que l’on pourrait éviter – pourraient être bien plus dévastatrices que (le Covid-19 lui même). Toutefois, cela n’est pas inéluctable. Les vaccins peuvent être livrés en toute sécurité même pendant la pandémie et nous appelons les pays à garantir que ces programmes essentiels qui sauvent des vies se poursuivent", a insisté le patron de l'OMS. 

Selon les agences onusiennes, une analyse récente dans les pays africains a conclu que "les avantages de la poursuite des services de vaccination systématique des enfants l'emportent sur le risque d'être infecté par le Covid-19 pendant la visite de vaccination". Les mesures de confinement, qui restreignent les déplacements, et la peur d'être infectés sont quelques-unes des raisons évoquées pour expliquer le déclin actuel des opérations de vaccination.