Hôpitaux: des patients retenus prisonniers jusqu'au paiement de la facture

Voir un médecin ou être admis dans un hôpital reste inaccessible pour des centaines de milliers de personnes en Afrique subsaharienne. Dans de nombreux pays, les malades qui n’ont pas les moyens de régler leurs factures médicales sont retenus dans les hôpitaux jusqu’au solde de tout compte.

Une patiente attend seule sur le plancher dans un hôpital de Kisumu au Kenya lors d\'une grève du personnel médical en décembre 2016.
Une patiente attend seule sur le plancher dans un hôpital de Kisumu au Kenya lors d'une grève du personnel médical en décembre 2016. (James KAYEE / AFP)

Dans certains hôpitaux du continent, la guérison n’est pas toujours une délivrance. Une fois les soins terminés, des milliers de patients se retrouvent «enchaînés, affamés et abusés» parce qu’ils ne peuvent pas payer la facture, révèle un rapport publié par l'Institut royal britannique Chatam House.

La pratique est si courante qu’elle semble «normale» pour les malades qui pensent à tort que les hôpitaux ont le droit de le faire.
 
Des femmes et des bébés prisonniers
Le rapport qui se base notamment sur de articles publiés dans la presse ne donne pas de chiffres précis sur les personnes détenues dans les hôpitaux après la fin des soins.

L’étude précise toutefois que des centaines de milliers de personnes seraient concernées avec une majorité de femmes. Alors qu’elles accouchent le plus souvent à domicile, les femmes se retrouvent parfois obligées d’aller à l’hôpital pour une césarienne ou un traitement d’urgence. Pauvres et vulnérables, elles sont alors retenues avec leur bébé jusqu’au paiement de la facture. «Les femmes donnent naissance à des bébés qui entrent dans le monde en tant que prisonniers» affirme Robert Yates, co-auteur du rapport de l'Institut royal pour les affaires internationales.

Du sexe pour payer la facture
La détention des mauvais payeurs peut parfois durer des mois durant lesquels les patients sont soumis à des pressions.

Dans un hôpital de Nairobi au Kenya, de nombreuses femmes retenues après un accouchement ont eu des rapports sexuels payants avec des médecins pour régler leurs factures.

«A chaque fois que nous avions un rapport, il me donnait de l'argent. J'ai partagé cela avec une amie qui a également été détenue et elle m'a dit que tous les médecins qui couchent avec des patientes leur donnent quelque chose», témoigne une jeune femme piégée par «sa dette» à l’hôpital. Oubliée par son mari, elle a passé 5 mois à l’hôpital dans la hantise que son mari en «épouse une autre». 

Une libération très politique
Quand la famille n’intervient pas pour payer la note, c’est une ONG, l’église ou la mosquée locale qui rassemblent les fonds dus pour libérer les patients retenus dans les hôpitaux. Certains responsables politiques tentent parfois de tirer profit de la situation pour faire parler d’eux à l’approche des élections.

Au Nigeria, par exemple, l'épouse du gouverneur de l'Etat d'Abia a payé en 2016 les factures de huit patients. Un exemple parmi tant d'autres.
 
En 2001, les pays africains se sont engagés à consacrer au moins 15% de leur budget aux soins de santé. Mais aujourd’hui, six d’entre eux seulement (Botswana, Burkina Faso, Malawi, Niger, Rwanda et Zambie) ont atteint cet objectif sans pour autant que toutes leurs populations aient accès à des soins décents, comme le souligne le site de l'ONU Afrique Renouveau.