Des centaines de Marocains victimes d'une arnaque immobilière

L'affaire, à l'instruction depuis plusieurs mois, vient d'être requalifiée en crime.

Le 15 février 2020, des victimes de Bab Darna réclament réparation sur le site d\'une prétendue réalisation immobilière du groupe. Sur leurs pancartes : \"Longue vie au roi. A bas la mafia de l\'immobilier\"
Le 15 février 2020, des victimes de Bab Darna réclament réparation sur le site d'une prétendue réalisation immobilière du groupe. Sur leurs pancartes : "Longue vie au roi. A bas la mafia de l'immobilier" (FADEL SENNA / AFP)

C'est la plus grosse affaire d'escroquerie immobilière qu'ait connu le Maroc. A ce jour, près de 800 victimes ont été entendues par la police et 400 millions de dirhams (plus de 35 millions d'euros) ont disparu. Plus de 300 personnes se sont portées partie civile.

Mohamed el Ouardi, à la tête de la société Bab Darna (La porte de ma maison NDLR), vendait des biens immobiliers sur plan. Des projets qui allaient bientôt voir le jour dans la région de Casablanca. A la signature du contrat, l'acheteur versait une avance et puis... plus rien.

Des résidences de rêve

Les projets, aux doux noms de Jannat Californie (Les jardins de Californie NDLR), la Californie étant l'un des quartiers les plus chics de la ville de Casablanca, ou Gloria, se limitaient à de belles plaquettes publicitaires. Des résidences tout confort. Rien n'y manquait, pas même la piscine pour certaines d'entre elles. Des annonces pour ces projets sont encore visibles sur internet. Leur opacité en dit long sur le sérieux du promoteur. Le prix mentionné, 9 700 dirhams (870 €), est celui du m². Mais cela n'est pas écrit.

Selon le site internet L'Economiste, le montant le plus élevé avancé par un client dépasse les 2 millions de dirhams (180 000 euros). Il a été versé pour l’acquisition d’un appartement à Jannat Californie à Casablanca.

Parfois, l'escroc plantait un panneau sur un terrain vague, annonçant l'imminence du début du chantier. En tout, une quinzaine de projets fictifs ont ainsi été "lancés" dans le grand Casablanca en une dizaine d'années.

De la publicité à la télévision

Bien sûr, certains clients, ne voyant rien venir, se sont impatientés. Mohamed el Ouardi remboursait alors les avances avec des chèques en bois.

Le promoteur ciblait notamment la diaspora marocaine à la recherche d'un pied à terre "au pays". Il ne lésinait pas sur la publicité, participait à des salons, y compris en Europe.

Il a même, rapporte le 360, fait passer des spots publicitaires à la télévision qui vantait une promotion improbable : "deux appartements achetés, le troisième offert".

Un notaire véreux au cœur de l'escroquerie

Comme il fallait bien signer des papiers pour justifier les avances, l'escroc s'est appuyé sur un notaire qui a validé toutes les transactions. "Auditionnés, beaucoup de plaignants affirment avoir été 'rassurés' par la présence et le discours du notaire", explique media 24. L'officier public a déposé et enregistré des contrats de réservation "alors qu’il savait que les titres fonciers en question n’appartenaient pas à la société Bab Darna", selon la justice.

Fin février 2020, les faits ont été requalifiés, passant de délits à crimes. Les dirigeants de Bab Darna, cinq personnes, dont le PDG, dorment en prison. La justice va-t-elle en rester là ? Car l'escroc a souvent agi au grand jour sans que cela n'interpelle aucun des services responsables. Qui plus est sur une longue période, sans qu'aucun bâtiment ne sorte de terre. Dans un pays miné par la corruption, la question des complicités se pose.

Image désastreuse pour l'immobilier au Maroc

"Non seulement la confiance des acquéreurs est entamée, mais l'image du pays et de son économie en sortent également touchées", a alerté Taoufic Kamil, le président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI). Car le secteur représente 6% du PIB national. Et ce genre d'escroquerie n'est pas unique. Une autre affaire, qui a débuté en 2003, est en instance de jugement. Elle aussi touche de nombreux Marocains résidents à l'étranger. 600 logements étaient vendus, le promoteur n'en a construit qu'une centaine avant de prendre la fuite.