Crimes de guerre en Centrafrique : premier procès devant la Cour pénale internationale

Le procès de deux chefs de milices d'auto-défense dites anti-balaka s’est ouvert le 16 février devant la Cour pénale internationale. Des dirigeants du camp adverse (Seleka) devraient également bientôt comparaître à La Haye.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le Centrafricain Patrice-Edouard Ngaïssona, dirigeant des milices anti-balaka et ancien membre de Confédération africaine de football, lors de sa première comparution devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, le 25 janvier 2019. (Koen van Weel / POOL/ AFP)

La Cour pénale internationale (CPI) se saisit des crimes de guerre commis en Centrafrique. Le procès d’Alfred Yekatom Rombhot et de Patrice-Edouard Ngaïssona, deux dirigeants du mouvement dit anti-balaka, s’est ouvert le 16 février 2021 à La Haye. Ils sont accusés de crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre décembre 2013 et août 2014 en Centrafrique. Ils seraient notamment à l’origine de l’attaque "du marché de Boeing" à Bangui, qui avait fait une dizaine de morts parmi les commerçants musulmans.

Escalade de la violence

Selon les charges énoncées au premier jour du procès, la liste des crimes commis en Centrafrique par les deux accusés est longue : meurtre, transfert forcé de population, privation de liberté, torture, persécution, traitement cruel, mutilation, attaque contre des bâtiments destinés à la religion, destruction de propriétés de l’adversaire, enrôlement d’enfants de moins de 15 ans. Patrice-Edouard Ngaïssona est aussi poursuivi pour viols.

"Les preuves dans cette affaire établiront la responsabilité pénale de Ngaïssona et de Yekatom au-delà de tout doute raisonnable", a déclaré le procureur Kweku Vanderpuye, devant la cour.

"L'ouverture du procès est une étape importante pour la justice des victimes de crimes brutaux commis dans le dernier conflit en République centrafricaine"

Elise Keppler, ONG Human Rights Watch

à l'AFP

Campagne de violence et de terreur

Patrice-Edouard Ngaïssona aurait été "le plus haut dirigeant" des milices anti-balaka, selon la CPI. Il a été arrêté en France en décembre 2018 avant d'être transféré à La Haye. Il était à l'époque président de la Fédération centrafricaine de football et membre du comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF). En 2019, la FIFA l'a interdit "de toute activité liée au football".

Alfred Yekatom, un député, a été le premier suspect à être remis à la CPI dans le cadre de son enquête sur la Centrafrique, ouverte en 2014. Toujours membre du parlement centrafricain, il est actuellement remplacé par un suppléant. Il "aurait commandé un groupe d'environ 3 000" combattants anti-balaka, d'après la Cour.

De par leurs anciennes fonctions – ministre des Sports pour l'un et chef de groupes armés pour l'autre –, Ngaïssona et Yekatom savaient que les milices sous leur contrôle "détruisaient des mosquées, décimaient des communautés, déportaient des musulmans, commettaient des meurtres et violaient des femmes et des enfants", avait martelé l'accusation.

La procureure de la Cour pénale internationale avait ouvert une enquête sur les crimes commis entre 2012 et 2014 à la demande du gouvernement centrafricain. Fatou Bensouda avait assuré, dès le départ, que des responsables des deux camps – anti-balaka et Seleka seraient poursuivis. Le 24 janvier, Mahamat Saïd, commandant dans la Seleka, était transféré dans la prison de la CPI à La Haye, également pour des accusations de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Il devrait bientôt comparaître lui aussi devant la justice internationale.

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