Coronavirus en Afrique : la pandémie est très redoutée dans les prisons surpeuplées du continent

Les prisons africaines sont particulièrement exposées au coronavirus en raison de la surpopulation carcérale. Certains pays commencent à prendre des mesures d'amnistie en faveur des détenus pour désengorger les maisons d'arrêt.

Des détenus derrière une grille de la prison centrale de Douala, au Cameroun. La surpopulation carcérale y est particulièrement éprouvante.
Des détenus derrière une grille de la prison centrale de Douala, au Cameroun. La surpopulation carcérale y est particulièrement éprouvante. (GABRIELA MATTHEWS / X02030)

L'Ethiopie fait partie des pays africains confrontés au risque de propagation du coronavirus qui ont décidé de désengorger leurs prisons surpeuplées. Le gouvernement a annoncé l'amnistie et la libération prochaine de plus de 4 000 prisonniers. L'accès aux prisons pour les proches de personnes détenues, les avocats et les aumôniers est interdit depuis le 19 mars pour une période minimale de 15 jours. Le commissaire général aux prisons a annoncé l'ouverture de deux centres d'isolement et de traitement réservés aux détenus infectés. 

Une promiscuité propice à la propagation de la maladie

Partout en Afrique, les détenus font partie des populations les plus exposées à la pandémie. Ils sont enfermés dans des centres pénitentiaires surpeuplés où ils purgent leur peine avec le risque d'être rapidemment balayés par la maladie.

C'est le cas au Burkina Faso où des milliers de détenus s'entassent dans des dortoirs collectifs et dans des cellules de quelques mètres carrés. Les gestes barrières sont impossibles à adopter. Les autorités ont donc pris les devants en annoncant quelques mesures pour éviter une tragédie. Les visites aux prisonniers ont été suspendues. Seuls les avocats des prisonniers et les personnes qui leur apportent les repas peuvent franchir les portes des prisons. Le lavage des mains est désormais de rigueur.

Nous avons demandé à toutes les maisons d'arrêt et de correction de déterminer des espaces d'isolement pour les cas suspects et les cas confirmés, pour qu'ils puissent être confinés en attendant d'être pris en chargeRené Bagoro, ministre de la justice du Burkina Fasoà la BBC

Pour prévenir la propagation de l'épidémie, l'Afrique du Sud a aussi suspendu les visites aux détenus pour une période de 30 jours. Le ministère de la justice a ordonné des mesures de nettoyage d'envergure, pour l'ensemble des prisons sud-africaines qui se heurtent à la pénurie de produits désinfectants.

Des mesures exceptionnelles aussi en Algérie, où le ministère de la justice a ordonné la suspension de tous les régimes de semi-liberté. Les parloirs et les visites dans les prisons sont également suspendus. Les avocats des détenus peuvent néamoins s'entretenir avec leur client via une vitre de séparation, rapporte le site Algérie Eco. Toutes les audiences des tribunaux criminel et correctionnel ont été suspendues jusqu'au 31 mars. Des procédures de jugement à distance ont été prévues afin d'enrayer la propagation du coronavirus, 

Libérer des prisonniers "pour éviter un désastre"

L'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch recommande à tous les pays affectés par la pandémie de procéder à des libérations conditionnelles de prisonniers. Un appel qui s'adresse notamment aux autorités égyptiennes. De nombreuses personnes croupissent en prison en Egypte, pour avoir exercé pacifiquement leur droit à manifester. "Les conditions sanitaires au sein des établissements pénitentiaires du pays sont déplorables et propices à la propagation du Covid-19, s'alarme Human Rights Watch. L'organisation appelle les autorités du Caire à procéder à des libérations sous caution "pour éviter un désastre".

Comment empêcher que les centres de détention ne deviennent des plateformes de propagation du virus ? C'est le défi auquel se trouvent confrontés de nombreux pays africains. L'Observatoire marocain des prisons (OMP) et l'Association marocaine des droits humains (AMDH) appellent l'administration pénitenciaire à libérer des détenus en fin de peine, des mineurs en attente de leur procès, des personnes âgées de plus de 65 ans et des prisonniers d'opinion, rapporte la presse marocaine.

Plusieurs organisations tunisiennes de défense des droits de l'Homme réclament aussi une "réduction drastique" du nombre de personnes détenues pour lutter contre la pandémie. Elles proposent de procéder à des libérations conditionnelles. Quelque 600 condamnés ont déjà été libérés et plus de 1 000 autres ont bénéficié d'une réduction de peine le 20 mars 2020 à l'occasion du 64e anniversaire de l'indépendance tunisienne.