"Ce que nous vivons est irréel" : le cauchemar sans fin des prisonniers politiques en Egypte

Près de 60 000 hommes et femmes se trouvent derrière les barreaux en raison de leur opinion. Des opposants détenus parfois sans aucun jugement.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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La porte d'entrée de la prison de Tora dans la banlieue du Caire. Une photo prise lors d'une viside guidée organisée par le service d'information de l'Etat égyptien, le 11 février 2020. (KHALED DESOUKI / AFP)

Le nombre de personnes emprisonnées a explosé ces dernières années en Egypte. Le pays compte environ 100 000 détenus dont plus de la moitié sont des prisonniers politiques. Il s’agit d’opposants aux profils différents, islamistes ou libéraux, accusés souvent à tort de terrorisme. Les conditions de détention ont été plusieurs fois condamnées par de nombreuses ONG, mais rien ne change.

"Journaliste et pas terroriste"

Amnesty international mène actuellement une campagne en ligne pour faire pression sur les autorités égyptiennes en vue de la libération de Solafa Magdy. La journaliste de 34 ans est en prison depuis novembre 2019. Elle est notamment poursuivie pour "appartenance à un groupe terroriste" et "diffusion de fausses nouvelles". En attendant son procès, elle subit le pire. Pressions psychologiques, chantages et violences physiques. Une souffrance partagée par ses proches. Son mari, journaliste, est lui aussi en prison et leur fils de 7 ans ne voit plus ses parents.

"Je veux que ce cauchemar cesse. Nous voulons nous réveiller et vivre nos vies. Ce que nous vivons est irréel"

La mère de Solafa Magdy, journaliste égyptienne en prison

à l'AFP

Détentions à durée indéterminée

Comme Solafa, une trentaine de journalistes sont aujourd’hui derrière les barreaux. Les prisons sont surpeuplées avec plus de 60 000 détenus politiques de tous horizons. Islamistes, libéraux, défenseurs des droits humains, artistes, avocats, blogueurs…Tous sont des voix critiques du régime al-Sissi. Certains ont déjà été condamnés, mais beaucoup d’autres sont en détention provisoire. Celle-ci peut durer jusqu'à deux ans, selon la loi égyptienne, mais elle est très souvent prolongée par de nouvelles accusations vagues comme la "diffusion de fausses informations" ou l'"atteinte à la sûreté de l'Etat".

"C'est devenu normal pour les prévenus d'être détenus en attendant leur procès (…) et que les détentions soient renouvelées automatiquement"

Mai El-Sadany, directrice juridique au Tahrir Institute for Middle East Policy (TIMEP) à Washington

à l'AFP

La peur jusqu'en exil

Accusations incessantes, prolongation de détention, harcèlement, maltraitance… Plusieurs ONG comme Amnesty international ou Human Rights Watch ont condamné, témoignages à l’appui, les conditions de détention des prisonniers politiques. Ces pratiques visent à étouffer les voix dissidentes et s'exercent d’une manière indirecte sur les opposants en exil. Leurs proches restés au pays sont sous la surveillance des services de sécurité égyptiens et sont régulièrement interrogés sur les activités des membres de leur famille. Ils risquent à tout moment d’être poursuivis pour "liens à des groupes terroristes" sans que ces groupes ne soient définis explicitement.

Dans un rapport, publié fin janvier à l’occasion du 10e anniversaire du soulèvement de 2011, Amnesty international brosse un tableau sombre de la situation dans les prisons égyptiennes et parle de détentions "cruelles et inhumaines". L'organisation multiplie les appels à la libération de toutes les personnes détenues pour avoir pacifiquement exprimé leurs opinions.

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