Afrique du Sud : un rapport officiel sur la corruption accable la présidence Zuma

Le premier volet d'un rapport sur la corruption sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018) contenant quatre ans de témoignages a été rendu public le 5 janvier 2022.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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L'ancien président sud-africain Jacob Zuma s'adresse à ses partisans à Nkanda, en Afrique du Sud, le 4 juillet 2021. Englué dans les scandales de corruption, il vient de se constituer prisonnier.  (EMMANUEL CROSET / AFP)

Un rapport de 874 pages sur la corruption sous la présidence de Jacob Zuma (2009-2018) a été rendu public le 5 janvier 2022. Contenant quatre ans de témoignages, ce rapport est la conclusion de "quatre années éreintantes", a déclaré le juge Raymond Zondo, qui préside la commission d’enquête. Plus de 270 témoins, ex-ministres, élus, hommes d'affaires, hauts fonctionnaires ou lanceurs d'alerte, y ont déballé au grand jour le linge sale de l'ère Zuma.

Valises de billets et hôtels de luxe

L'ancien président sud-africain Jacob Zuma est accusé d'avoir pillé les fonds publics avec l'aide d'une fratrie d'hommes d'affaires d'origine indienne, les Gupta, jusqu'à ce que son parti l'ANC le pousse à la démission. Les frères Gupta ont versé des pots-de-vin notamment pour influencer des nominations ministérielles et de hauts fonctionnaires, affirment de nombreux témoins. Ils ont fui l'Afrique du Sud peu après le début des travaux de la commission en août 2018.

Parmi les nombreux témoignages, celui de l'homme d'affaires Angelo Agrizzi, qui raconte tout un monde souterrain de sacs remplis de billets et de réunions secrètes dans des hôtels de luxe pour que de gros bonnets de l'ANC touchent des pots-de-vin en échange de contrats gouvernementaux.

Plusieurs témoins ont évoqué aussi l'audit d'un important chantier de désamiantage de logements sociaux dans le Free State (centre) : les travaux n'ont jamais eu lieu et dix millions de dollars ont disparu. Ces témoignages ont aidé à inculper en novembre 2020 Ace Magashule, ancien Premier ministre de cette province et sulfureux secrétaire général de l'ANC.

Noyauter les entreprises publiques

Plus inquiétant encore, les budgets des compagnies publiques d’électricité (Eskom) et aérienne (SAA) ont été littéralement aspirés par le clan Zuma qui a pris le contrôle du puissant service chargé de la lutte contre la corruption (SARS) au sein du ministère des Finances. On peut lire dans le rapport que Tom Moyane, nommé par Jacob Zuma en septembre 2014 à la tête du SARS, avait réussi à écarter 55 hauts cadres de la direction de cet organisme. Selon les notes, "le SARS présentait un danger pour les personnes impliquées dans la corruption et le crime organisé et était donc une cible".

Par ailleurs, l'exposé détaille l'influence des Guptas, avec l’aide de Jacob Zuma, qui s'est étendue à l’ensemble du secteur public avec pour stratégie de remplacer les fonctionnaires qui ne se conformaient pas à leur plan de pillage. Il montre notamment comment la société de médias appartenant aux frères Gupta, The New Age, captait les ressources publiques des ministères et des entreprises d'Etat à travers la publicité et des parrainages représentant des centaines de millions de rands.

"C'est un moment décisif dans nos efforts pour mettre définitivement un terme à l'ère de la corruption d'Etat et restaurer l'intégrité, la crédibilité et la capacité de nos institutions et, plus important encore, de notre gouvernement."

Cyril Ramaphosa, Président de l'Afrique du Sud

à l'AFP

Echapper à la justice

Jacob Zuma, 79 ans, a multiplié les manœuvres pour éviter de témoigner devant la commission d’enquête, ce qui a lui a valu en juin d'être condamné à quinze mois de prison pour entrave à la justice. Son incarcération en juillet avait déclenché des émeutes inédites dans ce pays, qui ont fait 350 morts. Il est en libération conditionnelle depuis septembre "pour raisons médicales".

"Le coût le plus dévastateur et le plus durable" de cette corruption généralisée remontant jusqu'au sommet de l'Etat "est la perte de confiance des citoyens dans leurs dirigeants", a souligné le président Ramaphosa à la réception du rapport. Ce dernier devra décider et annoncer devant le Parlement d'ici fin juin quelles suites donner à ce rapport. Les deux prochains volets seront publiés fin janvier, puis fin février. Si la commission n'a qu'un rôle consultatif, ses conclusions pourront être transmises au parquet pour d'éventuelles poursuites.

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