Des juges finlandais enquêtent au Liberia sur un criminel de guerre réfugié en Finlande

Des magistrats finlandais s’apprêtent à juger Gibril Massaquoi, un Libérien réfugié en Finlande depuis 2008. La justice finlandaise permet de poursuivre l'auteur de crimes graves commis à l'étranger.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le ressortissant libérien Gibril Massaquoi assiste au premier jour de son procès devant le tribunal de Tampere, en Finlande, le 3 février 2021. Ce chef de guerre y vit depuis 2008. (Kalle Parkkinen / Lehtikuva / Ketpix / AFP)

La justice finlandaise brave le temps et la géographie. Les enquêteurs d'un tribunal finlandais se sont rendus le 18 février 2021 dans une zone rurale du nord du Liberia où l'ancien chef rebelle qu'ils sont chargés de juger, Gibril Massaquoi, est accusé d'avoir commis une série crimes de guerre et contre l'humanité. Cet homme de 51 ans avait été arrêté en mars 2020 à Tampere, en Finlande, où il vit depuis 2008, après la mobilisation d'ONG qui le soupçonnaient d’être un ancien chef de guerre. Par la voix de ses avocats, il a nié toute implication à l'ouverture de son procès. La justice finlandaise permet de poursuivre les auteurs de crimes graves commis à l'étranger.

Dans des villages martyrs du Liberia

Les magistrats finlandais ont visité le village de Kamatahun, à l’ouest du Liberia, dans une région montagneuse proche de la frontière sierra-léonaise. Accompagnés des autorités locales, ils ont inspecté les restes de maisons incendiées pendant l'une des pires guerres du continent africain, qui a fait 250 000 morts et des millions de déplacés.

A Kamatahun, des témoins l'accusent d'avoir ordonné d'enfermer des civils, dont des enfants, dans deux bâtiments avant de les réduire en cendres. Les juges devaient se rendre dans un autre village, Yandohun, où l'ex-chef rebelle est également accusé d'avoir commis des atrocités.

Ange de la mort

Surnommé à l'époque "l'Ange Gabriel", il encourt la perpétuité pour meurtres, "crimes de guerre aggravés" et "crimes contre l'humanité aggravés" qu'il est accusé d'avoir commis ou ordonnés entre 1999 et 2003. Il était alors un haut responsable du Front révolutionnaire uni (RUF), un groupe armé sierra-léonais dirigé par le caporal Foday Sankoh, proche de l'ex-chef de guerre libérien (devenu président) Charles Taylor, condamné depuis à 50 ans de prison par la Cour pénale internationale.

La guerre civile en Sierra-Leone était une extension de celle conduite au Liberia voisin depuis fin 1989 par Charles Taylor. En janvier 1999, le RUF et ses alliés issus d'une ex-junte militaire ont lancé un assaut sur Freetown, occupée plus de trois semaines au prix de 6 000 morts. L'objectif de cette guerre était le contrôle des zones diamantifères. Les combattants du RUF, souvent drogués, se sont rendus tristement célèbres pour avoir commis des meurtres, des viols systématiques, des enlèvements, des amputations, auxquelles la plupart des victimes n'ont pas survécu faute de soins, et pour avoir kidnappé des milliers d'enfants obligés de combattre dans leurs rangs.

Gibril Massaquoi comparaît pour une litanie d'accusations de crimes, viols et d'actes de torture commis en personne ou par ses soldats, selon le dossier d'accusation de près de 4 000 pages compilées par la justice finlandaise. La cour de Tampere prévoit de revenir en Finlande en mai 2021 pour deux mois supplémentaires d'audience, avec un verdict attendu en septembre.

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