Sénégal : "L'affaire Sonko a mis le feu aux poudres", juge une chercheuse à l'Iris

Les émeutes qui se déroulent au Sénégal sont notamment liées au "virage autoritariste" du président Macky Sall, selon Caroline Roussy, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques. 

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Radio France
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Des manifestants soutenant Ousmane Sonko réagissent à sa libération, à Dakar, le 8 mars 2021. (SEYLLOU / AFP)

Alors que le Sénégal est en proie à d'importantes émeutes depuis plusieurs jours, "ce sont sans doute des frustrations qui venaient depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois, en raison de la pandémie et d'une paupérisation de la population", a estimé sur franceinfo lundi 8 mars Caroline Roussy, chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques et docteure en histoire de l'Afrique contemporaine. "Par ailleurs, Macky Sall, le président en place, a pris un virage autoritariste depuis depuis quelques semaines. Et cette affaire Sonko a mis le feu aux poudres", analyse la chercheuse. Cette affaire tient son nom d'Ousmane Sonko, un opposant politique accusé de viol. Une accusation qu'il réfute, cela a donc incité ses partisans à se mobiliser occasionnant ainsi plusieurs jours d'émeutes dans le pays.

A l'origine de ces troubles également, le président Macky Sall avait promis de lutter contre la pauvreté dans le pays, sans succès : "N'oublions pas qu'il est parvenu au pouvoir grâce à la mobilisation de jeunes, notamment ceux du mouvement 'Y'en a marre' [qui dénonce les inégalités économiques et sociales], qui aujourd'hui se mobilise également, certains de ses membres ont été emprisonnés. Macky Sall ne tient pas ses promesses. Depuis son arrivée au pouvoir, en 2012, en trois occurrences, il a fait emprisonner différents différents hommes politiques, dont Karim Wade et Khalifa Sall et Ousmane Sonko". Celui-ci a été relâché par un juge lundi 8 mars.

Des moments "extrêmement forts"

La chercheuse ajoute que cet échec de lutte contre la pauvreté s'explique aussi "en raison du contexte national et international également. Je pense qu'il faut considérer les différents niveaux, souligne Caroline Roussy. Cette crise qui déborde et l'affaire Sanko qui préoccupe, elle est au devant de l'actualité aujourd'hui". La chercheuse tient par ailleurs à insister sur le fait que, dans l'affaire Sonko, "on oublie un petit peu aussi cette jeune femme", victime présumée de ce viol. Elle "a été complètement écartée et débordée par cette affaire qui est devenue aujourd'hui une affaire politique", souligne la chercheuse.

A la question de savoir si la mobilisation de l'opposition politique au Sénégal va pouvoir de permettre de fédérer une opposition plus solide : "Nous assistons en réalité, contrairement à ce qu'on peut lire ou entendre ici et là, non pas à des émeutes, non pas à des bandits, non pas à des terroristes mais à des citoyennes et citoyens qui se battent pour la démocratie, l'égalité, la justice et l'Etat de droit. Ils descendent avec leur drapeau sous le bras. Ce sont des moments extrêmement forts", insiste Caroline Roussy, qui rappelle que cinq personnes sont mortes dans le cadre de ces manifestations.

"J'entends et je lis également qu'Ousmane Sanko est présenté comme le premier opposant politique de Macky Sall", indique la chercheuse de l'IRIS, alors que les prochaines présidentielles sont prévues en 2024. "Il n'est pas le premier opposant politique de Macky Sall, [...] mais il y a souvent un effet de starisation à la suite d'une interpellation d'un homme politique, ce qui démontre aussi toute la défiance à l'égard des instances judiciaires. Oui, il peut devenir un martyr et effectivement, le premier opposant politique de Macky Sall en 2024. Il faudra surveiller tout cela à moyen ou long terme", conclut Caroline Roussy.

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