Sénégal : Macky Sall mise sur une réélection au premier tour de la présidentielle

Le Sénégal vote le 24 février 2019 pour une élection que le président sortant Macky Sall compte bien remporter dès le premier tour. Le chef de l'Etat est confronté à une concurrence inhabituellement clairsemée, dans un pays friand de débat démocratique,

Partisans du président du Sénégal sortant, Macky Sall, pendant un meeting électoral à Kaolack (centre ouest du Sénégal) le 12 février 2019.
Partisans du président du Sénégal sortant, Macky Sall, pendant un meeting électoral à Kaolack (centre ouest du Sénégal) le 12 février 2019. (SEYLLOU / AFP)

Face à celui qui veut piloter la deuxième phase (2019-2023) de son Plan Sénégal émergent, seuls quatre adversaires, espèrent contrarier ses ambitions. A commencer par l'ancien Premier ministre Idrissa Seck, candidat pour la troisième fois. Les autres prétendants n'ont pas réchappé au système de parrainages, ni aux décisions judiciaires, qui ont éliminé des rivaux de poids.

L'opposition dénonce l'invalidation de deux candidatures : celle de Karim Wade, fils et ancien ministre du prédécesseur de Macky Sall, Abdoulaye Wade (2000-2012); et celle du maire déchu de Dakar, Khalifa Sall, dissident du Parti socialiste (PS).Tous deux sont frappés par des condamnations judiciaires. Khalifa Sall est actuellement emprisonné.

Les premiers résultats sont attendus dès la fermeture des bureaux à 18H00 GMT. Pour autant, ils ne deviendront officiels qu'à partir du 25 ou du 26 février. Compte-tenu des délais légaux de proclamation, de possibles contestations et de la nouvelle campagne, un éventuel second tour aurait vraisemblablement lieu le 24 mars.

Modèle démocratique en Afrique

Le Sénégal, qui a connu deux alternances, en 2000 et en 2012, et aucun coup d'Etat, fait figure de modèle démocratique en Afrique. Mais les campagnes électorales y sont souvent émaillées d'accusations de corruption, de désinformation et de violences. Des affrontements ont fait trois morts le 11 février à Tambacounda, à 420 km à l'est de Dakar, entre partisans de la coalition présidentielle et d'Issa Sall, candidat d'un parti proche de la mouvance religieuse.

Pour la première fois depuis 1978, ni le PS, ni le Parti démocratique sénégalais (PDS, libéral) d'Abdoulaye Wade ne présentent leur propre candidat. Mais la famille libérale est particulièrement bien représentée, avec Macky Sall, Idrissa Seck et l'ancien ministre Madické Niang, tous trois issus du PDS.

L'ancien inspecteur des impôts Ousmane Sonko et Issa Sall font en revanche figure de nouveaux venus sur la scène politique nationale.

Retour au pays

La campagne a vu les candidats sillonner le pays avant de regagner Dakar pour la dernière semaine. Elle a été marquée par le partenariat entre Idrissa Seck et Khalifa Sall, annoncé de sa prison par ce dernier. Ainsi que le retour au pays de l'ex-président Abdoulaye Wade, décidé à empêcher une élection "verrouillée".

Abdoulaye Wade a appelé à brûler le matériel électoral et à s'attaquer aux bureaux de vote. Une "attitude de subversion" dénoncée par le gouvernement, mais dont le ministre de l'Intérieur Aly Ngouille Ndiaye a minimisé la portée. "Dans ce pays-là, on ne peut pas, on ne peut plus truquer des élections", a assuré le ministre.

Ousmane Sonko, qui accuse le pouvoir de miser sur la fraude, s'est démarqué d'Abdoulaye Wade. Il a estimé que la mobilisation de la jeunesse, pour surveiller le vote, permettrait d'en assurer la transparence. "Il est possible de truquer une élection au Sénégal, mais ce n'est pas facile", a-t-il dit samedi.

Des militants de la société civile impliqués dans l'organisation d'un débat entre candidats le 21 février sur des médias privés s'inquiétaient le 17 février sur les réseaux sociaux d'un possible échec de cette initiative. Certains rivaux de Macky Sall ont exprimé leur refus de débattre en l'absence du président sortant.

Le partenariat avec l'ex-maire de Dakar a conforté Idrissa Seck dans son statut de principal concurrent de Macky Sall, après les ralliements de recalés du système de parrainages. 

De son côté, le pouvoir mise sur son bilan. "L'autoroute à péage Ila Touba, le pont de Farafenni, les bourses familiales, la CMU (couverture maladie universelle)", a énuméré Badré Diouf, un électeur interrogé sur les raisons de son soutien au président sortant, lors d'un meeting à Kaolack (centre ouest), citant quelques-uns des chantiers achevés sous son mandat.

Sécurité renforcée

Le pays, musulman à plus de 90%, réputé pour sa tolérance religieuse et le poids des confréries, a jusqu'à présent été épargné par les attentats djihadistes qui ont frappé d'autres pays de la région.

Mais il a renforcé sa sécurité ainsi que sa législation, parfois au prix d'atteintes aux libertés publiques, selon des organisations de défense des droits humains. Un étudiant a ainsi été récemment condamné à trois mois de prison avec sursis pour "apologie du terrorisme" sur Facebook, après plus de quatre ans de détention provisoire.

Pour Astou Fall, une commerçante de Bambey (centre-ouest), quel que soit le vainqueur du scrutin, l'essentiel est la stabilité du pays. "Je ne me casse pas la tête avec la politique", explique-t-elle. "Que le meilleur gagne et que la paix perdure, nous tenons à notre stabilité nationale".