Appels au dialogue : pourquoi Rabat et Alger n’arrivent pas à se parler

Le Maroc et l’Algérie se disent tous deux ouverts au dialogue. Mais Rabat entend par cela un tête-à-tête quand Alger souhaite une rencontre avec tous les pays d’Afrique du Nord. La frontière entre les deux pays est fermée depuis 1994. 

Un soldat du côté algérien de la frontière algéro-marocaine, près de Tlemcen, à un poste frontière de la région de Marsat Ben M\'Hidi, le 14 juillet 2011.
Un soldat du côté algérien de la frontière algéro-marocaine, près de Tlemcen, à un poste frontière de la région de Marsat Ben M'Hidi, le 14 juillet 2011. (FAROUK BATICHE / AFP)

Dans un discours télévisé prononcé le 6 novembre 2018, le roi Mohammed VI avait proposé un nouveau «mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation» pour relancer des relations qui «échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable.» Réaction d'Alger : aucune. 

Le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, qui s’est entretenu lundi 26 novembre avec l’ambassadeur d’Algérie à Rabat, ne cache sa déception devant le silence de son voisin de l'Est. Le chef de la diplomatie marocaine a «réitéré le souhait du royaume de connaître la réaction officielle des autorités algériennes à l'initiative de l'établissement d'un mécanisme politique de dialogue et de concertation avec l'Algérie», dans un commun6iqué. 

A la place d'un dialogue bilatéral, Alger propose un conseil des ministres des Affaires étrangères des cinq pays nord-africains dans le cadre de l'Union du Maghreb arabe (UMA). Pourquoi les deux poids lourds de l'Afrique du Nord n'arrivent pas à se parler ?

1Un différend nommé Sahara occidental

Selon des indiscrétions de diplomates algériens à la presse, si le discours du roi marocain n'a rencontré aucun écho auprès d'El Mouradia (le siège de la présidence), l'explication est multiple. Il a été tenu à Laâyoune, territoire revendiqué par le Maroc et le Polisario et là intervient la position inchangée de l'Algérie de ne pas se mêler officiellement de ce conflit. 

Les rapports entre les puissances du Maghreb sont plombés depuis 40 ans par la question du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole revendiquée par Rabat – qui en contrôle la majeure partie  et par le Polisario, soutenu par l'Algérie, qui réclame un référendum d'autodétermination.

2Union du Maghreb, les murs de la «honte»

Créée en 1989, aujourd'hui moribonde, l'UMA regroupe le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye et la Mauritanie. Elle est paralysée par les différends entre Alger et Rabat. Un mur, un fossé, un autre mur... les deux voisins nord-africains se sont lancés dans une "surenchère bétonnière". Le Maroc et l’Algérie construisent des murs le long de leurs frontières, enterrant le rêve d’une Union du Maghreb (UMA) et pénalisant les populations.

Rabat explique la construction de son «mur de Berlin», long d’une centaine de kilomètres, entamée fin 2014, par la lutte anti-terroriste. Pour Alger, la construction d’une tranchée, puis d’un mur seraient motivés par la lutte contre le trafic de drogue et la lutte contre la contrebande, notamment des hydrocarbures et les denrées alimentaires fortement subventionnés. De son côté, la Tunisie a construit, elle aussi, un mur le long de sa frontière avec la Libye pour contrer des «infiltrations terroristes».

3Vol au-dessus de la frontière

La frontière terrestre entre les deux pays est fermée depuis 1994. Après un attentat à Marrakech, Rabat a imposé un visa aux Algériens. Réaction immédiate d’Alger : fermeture des frontières. Depuis, les ressortissants des deux pays peuvent se rendre visite sans visa… mais en avion seulement. Résultat : plus d'un million de touristes algériens se rendent en Tunisie, contre quelques milliers au Maroc. Une situation pénalisante pour l'économie marocaine.