"Notre-Dame du Nil" de Scholastique Mukasonga porté à l'écran par Atiq Rahimi : les prémices du génocide rwandais

Le roman de Scholastique Mukasonga, prix Renaudot en 2012, adapté au cinéma par Atiq Rahimi, lui-même lauréat du Goncourt en 2008 nous plonge dans le Rwanda des années 1970. A l'occasion de sa sortie en salle ce mercredi 5 février, rencontre avec l'écrivaine franco-rwandaise.

\"Notre-Dame du Nil\" d\'Athiq Rahimi
"Notre-Dame du Nil" d'Athiq Rahimi (Sophie Davin)

C'est l'histoire d'un pays qui est portée à l'écran par Atiq Rahimi. Celui de Scholastique Mukasonga. Le Rwanda dans les années soixante-dix, un pensionnat de jeunes filles perché sur une colline. Une institution catholique réservée à l'élite où peu à peu se dessinent des antagonismes profonds et la haine raciale. Comme un prélude au génocide à venir des Tutsis.

Huit ans après avoir reçu le prix Renaudot, Scholastique Mukasonga se réjouit qu'une nouvelle fois son pays soit à l'honneur. "Le Renaudot et le fait que le livre soit reconnu mondialement c'était pas pour moi, c'était pour les Rwandais, c'était le fait de faire reconnaîre le Rwanda au-delà des frontières, assure-t-elle. Et là le film va ajouter une dimension encore plus importante." 

Scholastique Mukasonga
Scholastique Mukasonga (France 3 Normandie)

L'écrivaine franco-rwandaise nous reçoit à la table du Café des images, le cinéma art et essai d'Hérouville Saint-Clair près de Caen. Celle qui a perdu une partie de sa famille lors du génocide rwandais en 1994 est aujourd'hui assistante sociale en Normandie. Elle raconte avec humour le jour où on lui a proposé d'adapter son roman à l'écran. 

J'ai failli m'évanouir. Je me dis c'est pas vrai. Le bon Dieu j'ai toujours dit qu'il était injuste. J'ai eu une enfance qui n'était pas terrible mais là quand même, la nature n'est pas toujours très mauvaise.Scholastique Mukasonga

"Nos livres sont nos bébés"

"C'est la meilleur chose qui me soit arrivée dans la vie," affirme l'écrivaine tout en avouant une certaine peur d'être dépossédée de son histoire. "Nos livres sont nos bébés donc quand on vous dit on va adapter le film, vous vous dites que c'est une catastrophe, confie-t-elle. Il faut pas que ce soit une autre histoire que celle que j'ai racontée. Est-ce que je vais m'y retrouver ?" La réponse est oui assurément. Le fait qu'elle ait été consultante sur le tournage, et que le réalisateur lui aussi soit écrivain, n'y est sans doute pas étranger.

Et son bébé Notre-Dame du Nil est encore promis à un bel avenir, un opéra serait en cours de préparation.