Génocide au Rwanda : l'arrestation de Félicien Kabuga "est une belle journée pour la justice internationale", commente un colonel de gendarmerie

Le colonel Éric Emeraux dirige l’Office de lutte contre les crimes contre l’Humanité à l'origine de cette arrestation, un avertissement à "tout ceux qui ont commis des atrocités", selon lui. Les crimes ne resteront pas "impunis", assure-t-il.

Le colonel Éric Emeraux, chef de l’Office de lutte contre les crimes contre l’Humanité, le 13 septembre 2018.
Le colonel Éric Emeraux, chef de l’Office de lutte contre les crimes contre l’Humanité, le 13 septembre 2018. (PHILIPPE DE POULPIQUET / MAXPPP)

Le colonel Éric Emeraux qui dirige l’Office de lutte contre les crimes contre l’Humanité a salué samedi 16 mai l'arrestation par ses équipes de Felicien Kabuga à Asnières-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine. "Cette arrestation, c'est une belle journée pour la justice internationale", a-t-il commenté sur franceinfo. En fuite depuis 25 ans, Felicien Kabuga est considéré comme le grand financier du génocide au Rwanda qui a fait 800 000 morts.

Cette arrestation récompense le travail de tous "ceux qui œuvrent dans ce sens, notamment les mécanismes onusiens, les unités européennes qui sont dans le réseau génocide, les magistrats du pôle crimes contre l'Humanité et les ONG qui font un travail de recherches de preuves sur le terrain. Toutes ces personnes contribuent à lutter contre l'impunité", a-t-il le colonel Emeraux.

franceinfo : Ce sont vos équipes qui ont interpellé Félicien Kabuga. Comment s'est passé son arrestation ?

Le colonel Éric Emeraux : L'interpellation s'est déroulée le matin [samedi 16 mai] avec l'appui d'un certain nombre d'équipes, des pelotons d'intervention. Ça faisait quelques temps qu'on mettait en place des moyens d'observation et de surveillance. On a décidé qu'il fallait un peu précipiter les choses, c'est la raison pour laquelle on est rentrés dans l'appartement pour vérifier si nos soupçons étaient avérés. C'est la première fois qu'on avait des éléments qui nous permettaient de penser qu'il était en Europe. Grâce à une étroite coopération avec nos amis anglais, belges et nos amis du Mécanisme [pour les tribunaux pénaux internationaux]. Cela nous a permis d'avoir de bonnes raisons de penser qu'il était en France.

Quel était exactement le rôle de Félicien Kabuga ?

On le soupçonne d'être à l'origine de l'importation des machettes qui ont malheureusement contribué à tuer des milliers de personnes. Il est soupçonné d'être à l'origine de la création de la radio des Milles Collines qui a été un vecteur de diffusion de haine avant le génocide en 1994 et d'être assez proche de la famille du président Habyarimana. Un génocide ça ne tombe pas du ciel, c'est quelque chose qui est structuré, organisé en amont avec des concepteurs, des corps intermédiaires qui vont mettre en œuvre des politiques et des exécutants. Il appartenait aux concepteurs. On a 28 dossiers au sein de l'Office qui concernent le Rwanda, donc cette arrestation peut être intéressante de ce point de vue.

Combien d'autres responsables de ce génocide sont encore recherchés par la justice ?

Il doit y en avoir encore quatre ou cinq. Le problème, c'est qu'on n'est pas sûr qu'ils soient encore vivants. Cette arrestation, c'est une belle journée pour la justice internationale, notamment pour ceux qui œuvrent dans ce sens, que ce soit les mécanismes onusiens, les unités européennes qui sont dans le réseau génocide les magistrats du pôle crimes contre l'Humanité et les ONG qui font un travail de recherches de preuves sur le terrain. Toutes ces personnes contribuent à lutter contre l'impunité et faire en sorte, comme le dit le procureur du Mécanisme, que la lutte contre les crimes contre l'Humanité soit quelque chose qui soit permanente.

Tous ceux qui sont à l'origine d'atrocités comme on a pu le voir dans les années 94 et récemment dans les pays du Moyen-Orient ne puissent pas considérer qu'ils seront impunis. Il faut les rechercher activement et faire en sorte qu'ils puissent être traduits devant des juridictions internationales ou autres.Le colonel Éric Emeraux de l’Office de lutte contre les crimes contre l’Humanitéà franceinfo