France-Rwanda : la commission de chercheurs sur le génocide pourra "exploiter toutes les archives", assure son président

Vincent Duclert, l'historien qui va présider la commission de chercheurs sur les archives françaises sur le Rwanda, espère qu'elle permettra d'établir des faits sur le rôle de la France entre 1990 et 1994.

Une femme visite le mémorial de Kigali, au Rwanda, où sont inscrits les noms des victimes du génocide.
Une femme visite le mémorial de Kigali, au Rwanda, où sont inscrits les noms des victimes du génocide. (AHMED JALLANZO / EPA)

Emmanuel Macron annonce vendredi 5 avril la mise en place d'une commission d'historiens et de chercheurs chargée d'examiner les archives françaises sur la période du génocide au Rwanda et sur la période d'engagement de la France au Rwanda de 1990 à 1994. Le Rwanda commémore dimanche le 25e anniversaire du génocide de 1994.

"C'est une grande avancée, un élément inédit", souligne vendredi l'historien Vincent Duclert qui va présider cette commission. Cette commission "va pouvoir exploiter toutes les archives. Elle pourra aboutir à un établissement des faits véridiques sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994", explique-t-il. L'historien assure que "la commission sera intraitable sur les faits".

franceinfo : En quoi la création de cette commission est une bonne nouvelle ?

Vincent Duclert : C'est une grande avancée, c'est inédit. Il n'y a pas eu de commission équivalente. Il y a eu une mission parlementaire [commission Quilès, en 1998] qui n'a pas été très loin dans ses investigations. Cette commission de chercheurs, on lui accorde un pouvoir exceptionnel d'entrer dans des archives non communicables, toutes les archives françaises. Elle va pouvoir exploiter toutes les archives. Elle pourra aboutir à établir des faits sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994.

Quel est l'objectif de cette commission ?

Les archives d'Etat disent beaucoup sur les opérations militaires, l'action diplomatique, le renseignement. C'est la volonté du président de la République de sortir de cette extrême tension sur le rôle de la France, et que la France regarde bien en face, et de très près, ce qu'a été son action au Rwanda. La commission sera intraitable sur les faits. Si jamais il y a un blocage, une impossibilité de travailler dans ces archives, la mission le constatera. Cette commission va travailler pendant deux ans et le rapport sera rendu public.

Des chercheurs redoutent que certaines archives soient déjà expurgées. Ils s'interrogent sur la marge de manœuvre de cette commission.

Cette commission est établie avec un objectif précis qui est l'expertise et l'analyse critique des archives d'Etat sur le rôle de la France au Rwanda. Il y aura un accès complet. Ces chercheurs savent travailler sur les archives. Si les chercheurs constatent des incertitudes sur les classements, ils établiront ces réalités. Le vide est aussi une information.

Est-ce que cette commission pourra apporter de l'apaisement dans les relations entre la France et le Rwanda ?

Le rôle de la France est un verrou considérable qui empêche une diplomatie nouvelle, égalitaire et respectueuse ente la France et le Rwanda, entre l'Europe et l'Afrique. Ce travail indépendant va permettre de fonder un discours de vérité sur le sujet. Le rôle de la France au Rwanda n'épuise pas le sujet du génocide des Tutsis au Rwanda. Il faut se garder de penser que cette commission de chercheurs en sera l'alpha et l'oméga.