Coupe du monde 2022 : qui est Salima Mukansanga, quatrième arbitre de France-Australie et symbole de ces femmes qui supervisent des matchs d'hommes

Salima Mukansanga vient du Rwanda, ce pays du centre de l’Afrique. Elle fait partie des trois femmes arbitres de champ pendant la compétition. C’est une première.

Article rédigé par
Jean-Marc Four - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
L'arbitre rwandaise Salima Mukansanga lors d'une match de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2021 entre le Zimbabwe et la Guinée au Stade Ahmadou Ahidjo à Yaoundé au Cameroun, le 18 janvier 2022. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Vous l’avez probablement vue hier soir sur les écrans. Salima Mukansanga était mardi 22 novembre le quatrième arbitre pendant le match France-Australie. Elle annonçait les changements de joueurs, le temps supplémentaire. On l’a vue discuter plusieurs fois avec Didier Deschamps. Et elle pourrait parfaitement se retrouver arbitre principale de l’un des matchs d’ici à la fin de la Coupe du monde 2022.

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Une femme Rwandaise, au sommet du foot mondial, ce n’est pas banal. C’est d’abord une histoire individuelle et une ascension express. Mukansanga a 34 ans, elle voulait devenir basketteuse professionnelle au départ. Et puis, un peu par hasard elle s’est retrouvée à arbitrer des matchs, poussée par une copine à l’école.

Tout en passant un diplôme de sage-femme, elle a postulé pour une formation d’arbitre. Candidature rejetée dans un premier temps. Motif invoqué : trop jeune. Mais elle a insisté. Elle a gravi rapidement les échelons : arbitre du championnat national au Rwanda, puis au début de cette année première femme à diriger une rencontre de la Coupe d’Afrique des Nations, Zimbabwe-Guinée. Au début, elle a été regardée par ses collègues masculins avec condescendance, sur le mode : "Oui elle se débrouille pas mal." Et puis ils ont fini par reconnaître qu’elle se débrouille très bien.

Elle revendique son rôle de symbole pour la parité

Elle assume aussi pleinement d’être une femme : oui, dit-elle en substance, je ne cours pas toujours aussi vite que les joueurs masculins, mais je sais me placer. Et oui, parfois, une femme ne peut pas arbitrer parce qu’elle a ses règles, la programmation des matches doit en tenir compte.

Il s'agit d'un symbole individuel et aussi d'un symbole collectif pour le Rwanda. Ce pays de 13 millions d’habitants a été marqué par le génocide de 1994 qui avait vu la mort de plus de 800 000 personnes, dans leur immense majorité des Tutsis tués par les extrémistes hutus. Depuis, sous la poigne autoritaire de Paul Kagame, le pays s’est modernisé rapidement et la parité y est plus qu’un mot d’ordre, une réalité. 60% des députés sont des femmes, un record mondial. La moitié des ministres sont des femmes, la moitié des diplômés à l’université aussi et le Rwanda a le meilleur taux d’alphabétisation des jeunes filles en Afrique. Comme la secrétaire générale de la Francophonie, Louise Mushikiwabo, Salima Mukansanga est donc aussi le produit d’un système qui met les femmes aux responsabilités au Rwanda.

Deux autres femmes arbitres durant la compétition

La Française Stéphanie Frappart, 38 ans, quatrième arbitre mardi lors de Mexique-Pologne, et la Japonaise Yoshimi Yamashita, 36 ans, pour Belgique-Canada. Cette dernière, prof de fitness au départ, a gravi les échelons jusqu’à devenir professionnelle cet été et arbitrer des matches de Ligue des champions en Asie. Cela ne fait jamais que trois arbitres sur 36. Et d’ailleurs, dans certains articles de presse, on prend Yamashita pour un homme, signe qu’il y a encore du boulot.

Mais c’est quand même une première. D’autant que s’y ajoutent trois arbitres assistantes, une Brésilienne, Neuza Back, une Mexicaine, Karen Diaz Medina, et une Américaine, Kathryn Nesbitt. Il y a une vraie volonté de la commission internationale des arbitres, dirigée par l’ancienne star du sifflet, l’Italien Pierluigi Collina, de féminiser le corps arbitral. "La qualité de l’arbitrage, explique l'ancien arbitre, n’a rien à voir avec le sexe ou le genre."

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