RDC : l'arrestation d'un ex-chef rebelle près de 20 ans après des crimes de guerre, un "signal fort", mais insuffisant

Roger Lumbala a été mis en examen en France par un juge antiterroriste pour "complicité de crimes contre l'humanité" commis en 2002.

L\'ex-chef rebelle Roger Lumbala, lors d\'une visite à Kampala, en Ouganda en février 2013.
L'ex-chef rebelle Roger Lumbala, lors d'une visite à Kampala, en Ouganda en février 2013. (ISAAC KASAMANI / AFP)

La mise en examen en France, début janvier, de l'ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala soulève l'espoir de mettre fin à l'impunité en République démocratique du Congo. Ce grand pays d'Afrique centrale a été ravagé par deux guerres (1996-1997 et 1998-2003) il y a plus de 20 ans et la violence sévit toujours dans l'Est.

Un chef de milices devenu ministre 

Roger Lumbala, 62 ans, devenu ministre et député pensait avoir tourné la page des années sombres du Congo, quand il était chef de guerre, avant d’être rattrapé par la justice internationale. Accusé de "complicité de crimes contre l'humanité", il a été mis en examen à Paris dans le cadre d’une procédure ouverte sur la base du rapport Mapping de l'ONU. Publié en octobre 2010, il liste les crimes les plus graves commis en RDC entre 1993 et 2003. Cette première mise en examen suscite un peu d’espoir.

"L'arrestation et la mise en examen de M. Roger Lumbala à Paris est un pas important pour la justice internationale et la lutte contre l'impunité dont de nombreux auteurs présumés congolais et étrangers continuent de bénéficier"Dr Denis Mukwege, gynécologue congolais et Prix Nobel de la paixDans un communiqué

Un "menu fretin"

Le Dr Denis Mukwege, qui soigne les victimes de viols sur plusieurs générations dans l’est du Congo, réclame justice depuis des années tout comme l’Association africaine des droits de l'Homme. Elle aussi se félicite de ce "signal fort" contre l’impunité, mais réclame plus encore puisque Roger Lumbala est considéré comme du "menu fretin", selon l’expression du président de l’Association africaine des droits de l'Homme (Assadho), Jean-Claude Katende.

"Il faut traquer les vrais commanditaires qui sont aujourd'hui dans les institutions congolaises"Jean-Claude Katende, président de l'Association africaine des droits de l'Homme à l'AFP

Une impunité permanente

Malgré le rapport Mapping qui a permis d’identifier plus de 600 violations des droits de l’Homme, dont des viols systématiques, des massacres et des tueries pouvant être identifiés comme crimes de guerre ou crimes contre l'humanité, aucune personne ou groupe n’a été sérieusement jugé à ce jour. La justice militaire congolaise a organisé quelques procès condamnant des chefs de guerre peu connus.

La mise en place d'un tribunal international réclamé par de nombreux Congolais se heurte notamment au refus des Etats voisins du Congo impliqués dans ces deux guerres. 

Cette situation permet aux groupes armés et à leurs instigateurs de poursuivre impunément leurs crimes dans l’est du pays qui n'a jamais retrouvé la paix, malgré la fin officielle de la guerre.