Grève des enseignants en République démocratique du Congo : des élèves envahissent le parlement pour réclamer la reprise des cours

La rentrée scolaire du 4 octobre n’a pas eu lieu dans un grand nombre d’établissements du pays. Les enseignants attendent de meilleurs salaires sur fond de gratuité de la scolarité. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des élèves dans la cours d'école de l'Institut commercial et technique de Kinshasa, le 10 août 2020. (ARSENE MPIANA / AFP)

L’image est saisissante. Un long cortège discipliné d’élèves en uniforme pénètre à l’intérieur du bâtiment de l’Assemblée nationale à Kinshasa, afin de réclamer la reprise des cours. Ces derniers écouteront ensuite dans le calme Jean-Marc Kabunda, le premier vice-président de l’Assemblée pour qui ces élèves sont "les victimes d’une mésentente entre le gouvernement congolais et (leurs) enseignants".

En République démocratique du Congo, depuis la rentrée scolaire le 4 octobre, seules les écoles privées fonctionnent et les cours y sont dispensés effectivement. Les écoles publiques et conventionnées sont en grève. Les enseignants exigent l'augmentation de leurs salaires. Les pourparlers entre les syndicats et le gouvernement devraient reprendre. Un arrêté interministériel a déjà été signé pour la reprise des discussions entre les deux parties.

Entre-temps, les élèves mécontents et lassés par le mouvement de grève multiplient des manifestations à travers le pays en vue d’exiger la reprise des cours. "De la manipulation", a réagi le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et technique (EPST), Tony Mwaba, au lendemain de la marche des élèves. Selon lui, les instigateurs de ces manifestations n’ont qu’un seul objectif : saboter la gratuité de l’enseignement ! Cette gratuité a été inscrite dans la Constitution dès 2006,  mais jamais appliquée ! A son arrivée au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi l’a rendue effective. "On a ainsi estimé que 4 millions d’enfants ont regagné le chemin de l’école", expliquait le ministre Tony Mwaba à Vatican News en juin dernier.

Mais, effet négatif, cela a généré un sureffectif : entre 45 et 50 élèves par classe, reconnaît le ministre. Beaucoup d’enfants sont venus de l’enseignement privé qui, lui, reste payant. D’ailleurs, aux dires du ministre, des responsables de ces écoles privées veulent les céder à l’Etat, "car ils n’arrivent plus à prendre en charge les enseignants et à supporter les frais de fonctionnement des écoles, faute d’élèves".

Pour les parents, payer pour l’école, ça voulait surtout dire prendre en charge le salaire des enseignants. "Aujourd’hui, nous avons des défis, mais l’Etat a accepté de prendre en charge tous les enseignants du Congo", précise le ministre. Et c’est là où le bât blesse. Les revenus des enseignants ont été sensiblement revus à la baisse depuis qu’ils sont versés par l’Etat.

Faire le ménage

Une nouvelle fois, les pouvoirs publics devront faire le ménage dans leur administration pour dégager de nouvelles ressources. La découverte d’établissements et d’enseignants fictifs a déjà permis d’économiser quatre milliards de francs congolais (1,6 million d’euros). Autre scandale, celui des 87 000 enseignants éligibles à la retraite. Certains sont âgés de 95 ans, 105 ans… Depuis 35 ans en RDC, aucun enseignant n’a été mis à la retraite, ce qui en dit long sur le peu d’intérêt que l’Etat portait à l’éducation.

Les responsables de l’enseignement catholique (Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco) soutiennent les enseignants grévistes et mettent en avant le "sous-financement de l’éducation". La grève n’est pas dirigée contre la gratuité de l’enseignement, mais "il est hors de question que la gratuité de l'enseignement de base repose sur l'exploitation des enseignants". La Cenco met aussi en avant le "déclin de notre système éducatif (...) dans les infrastructures, manuels, méthodes d'enseignement et d'évaluation et dans la qualité de la formation dispensée."

La grève des enseignants a au moins le mérite de faire le point sur l’Etat catastrophique de l’Education nationale congolaise.

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