Une alliance militaire apparemment étroite entre la Tunisie et les Etats-Unis

Selon plusieurs sources, Washington est de plus en plus engagé militairement aux côtés de Tunis. Mais les deux pays ne tiennent pas trop à ce que cela se sache… 

Opération militaire près de Ben Gardane (sud de la Tunisie), près de la frontière libyenne, le 10 mars 2016.
Opération militaire près de Ben Gardane (sud de la Tunisie), près de la frontière libyenne, le 10 mars 2016. (REUTERS - ZOUBEIR SOUISSI / X02856)

"Le Pentagone muscle, en toute discrétion, sa présence en Tunisie", rapportait le site Maghreb Confidentiel (accessible sur abonnement), le 18 avril 2019. Le 21 mars, la même source faisait état d'"une base US en échange d’avions de guerre américains". En clair, la Tunisie, qui connaît de grosses difficultés financières, demanderait une réduction pour acheter des avions "de lutte anti-insurrection", des AT-6 Wolferine, contre l’autorisation donnée aux Etats-Unis d’installer une base sur le sol tunisien. Le même jour, l’agence Ecofin rapportait que Tunis "avait adressé (à Washington) une demande de prêt de 500 millions de dollars pour financer l’acquisition d’avions d’attaque légers".

Autre élément : le 10 février 2017, Jeune Afrique révélait déjà qu'"en en trois ans, l’aide américaine consacrée à la lutte antiterroriste (avait) été multipliée par trois". Tout en détaillant les équipements livrés par Washington. Entre 2012 et 2017, le montant de ces livraisons aurait été presque multiplié par 10 depuis 2012 ! Toujours en 2017, franceinfo Afrique évoquait le soutien militaire occidental contre les djihadistes, notamment des missions de surveillance aérienne. Lesquels djihadistes commettent des attentats et se battent les armes à la main, notamment dans la région du mont Chaambi, dans le nord-ouest de la Tunisie à la frontière algérienne.

"La Tunisie est l’un des partenaires les plus fiables" des Etats-Unis

Hasard du calendrier ? Le site spécialisé américain taskandpurpose.com a ainsi révélé que deux Marines "avaient été récompensés pour leur héroïsme" lors d’un engagement direct avec des militants d’al-Qaïda quelque part en Afrique du Nord. L’engagement avait eu lieu le 28 février 2017… en Tunisie, aux côtés de militaires de ce pays, précisait la même source un peu plus tard. En l’occurrence, dans le djebel Semama, toujours dans le nord-ouest. L’un des Marines aurait été blessé, premier du genre "depuis la Seconde guerre mondiale" en Afrique du Nord…

De son côté, Tunis n’a rien confirmé, se contentant de dire que les troupes américaines sont là uniquement pour participer à des missions de coopération et d’entraînement. Selon le New York Times, qui a confirmé les informations de taskandpurpose.com, 150 militaires des Etats-Unis se trouveraient en permanence sur le sol tunisien. "Nous avons une coopération intense avec les Américains, mais aussi avec d’autres pays", a expliqué un officiel au journal.

Une coopération de plus en plus intense, devrait-on dire. "Fin septembre 2018, la Tunisie abritait une réunion réunissant l’Etat-Major du commandement américain pour l’Afrique (Africom) et les responsables du renseignement militaire de treize pays d’Afrique du Nord, du Sahel et d’Afrique de l’Ouest", rapportait le site tunisien leaders.com en novembre 2018.

L’implication américaine semble donc être une réalité très tangible. Une implication d’autant plus notable que "le Pentagone réduit sa présence ailleurs sur le continent (africain), particulièrement en Afrique de l’Ouest", constate le quotidien new-yorkais. Lequel rapporte les propos du général Thomas Waldhauser, patron de l’Africom : "La Tunisie est l’un de nos partenaires les plus fiables et les mieux disposés à notre égard." Mais visiblement, les deux parties n’aiment pas beaucoup s’épancher sur ces affaires. Elles craignent qu’une médiatisation n’entraîne "davantage de violence extrémiste".

Un dossier politiquement très sensible

La question de la présence militaire américaine est particulièrement sensible en Afrique du Nord en général. Et en Tunisie en particulier. Si ce pays s’érigeait "en nouveau poste avancé des Etats-Unis en Afrique du Nord", cela constituerait "une rupture par rapport à l’histoire tunisienne et aux fondamentaux de la diplomatie mis en place depuis l’ère bourguibienne" (allusion à Habib Bourguiba, le "père" de l’indépendance), analyse leaders.com.

Signe de la sensibilité des rapports avec Washington : le 14 septembre 2012, moins de deux ans après le renversement de la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali, la représentation diplomatique des Etats-Unis à Tunis avait été attaquée par des manifestants, dont de nombreux islamistes radicaux. Quatre d’entre eux avaient été tués. Quatre jours plus tard, le consulat américain à Benghazi, en Libye, avait lui aussi été pris pour cible, ce qui avait notamment entraîné la mort de l’ambassadeur.