Soudan : l'armée ferme la chaîne Al-Jazeera

Le gouvernement soudanais a ordonné la "fermeture" du bureau de la chaîne d'information qatarie à Khartoum, où des milliers de manifestants continuent de protester contre les militaires. 

Des manifestants rassemblés devant le siège de l\'armée à Khartoum le 30 mai 2019. 
Des manifestants rassemblés devant le siège de l'armée à Khartoum le 30 mai 2019.  (ASHRAF SHAZLY / AFP)

"Les services de sécurité soudanais ont informé le directeur du bureau d'Al-Jazeera de la décision du Conseil militaire de transition de fermer (son) bureau à Khartoum", a déclaré la chaîne sur son site (lien en anglais). "La décision inclut également le retrait des permis de travail pour les correspondants et le personnel du réseau d'Al-Jazeera à compter de maintenant (jeudi soir, NDLR)", a ajouté la chaîne qui diffuse régulièrement des images des manifestations contre l'armée qui secouent le Soudan. Selon Al-Jazeera, aucune "décision écrite" n'a été remise au directeur du bureau.

Dans un communiqué, Al-Jazeera dénonce une "totale violation de la liberté de la presse" et assure "continuer la couverture au Soudan en dépit de l'ingérence politique des autorités soudanaises".

Le 30 mai au soir, des milliers de Soudanais ont manifesté devant le siège de l'armée à Khartoum, à l'appel du mouvement de contestation. Brandissant des drapeaux et chantant à l'unisson leur détermination à obtenir un gouvernement civil, les protestataires, surtout des jeunes, ont voulu maintenir la pression pour faire plier l'armée.

Nous sommes ici pour affirmer notre revendication fondamentale d'un pouvoir civil pendant la période de transition afin de garantir une véritable transition démocratiqueMohamed Hassan, jeune manifestantà l'AFP

Depuis le 6 avril, des milliers de manifestants campent devant le siège de l'armée à Khartoum. Après avoir demandé le soutien des militaires contre le président Omar el-Béchir, ils réclament désormais le départ des généraux qui ont pris le pouvoir après avoir évincé le chef de l'Etat le 11 avril.

Mise en garde de l'armée

Dans un communiqué publié tard dans la soirée du 30 mai suite à des informations faisant état d'incidents en marge de ce sit-in, le Conseil militaire de transition a adressé un message de fermeté aux manifestants. "Face à des développements qui menacent la sécurité publique", les forces de l'ordre vont "agir selon la loi pour garantir la sécurité des citoyens et pour maîtriser les actes d'anarchie", a mis en garde le Conseil. La manifestation est intervenue au lendemain de deux journées de "grève générale", observée dans divers secteurs d'activité à travers le pays.

L'Alliance pour la liberté et le changement (ALC) avait appelé la veille (le 29 mai) à un grand rassemblement appelé "la marche d'un million" pour faire pression sur l'armée.

Marche des femmes

Des centaines de femmes avaient été les premières à participer à la mobilisation. Lors d'une "marche des femmes", elles se sont dirigées vers le siège de l'armée, bannières à la main et drapeaux soudanais sur les épaules. De tous âges et venant de divers secteurs d'activité, elles ont scandé les slogans de la révolte : "Liberté, paix, justice ! Le pouvoir civil est le choix du peuple !"

La femme soudanaise réclame de nombreux droits dont la justice, l'égalité, la démocratie, un pouvoir civil et une bonne gouvernanceHoyam al-Taj, journalisteà l'AFP

Les négociations entre le Conseil militaire de transition et l'ALC ont été suspendues le 21 mai faute d'accord. Les deux camps exigent de prendre la direction et d'obtenir la majorité des sièges au sein d'un futur Conseil souverain censé assurer la transition politique pour trois ans.

Le chef du Conseil militaire au pouvoir, Abdel Fattah al-Burhane, s'est rendu le jeudi 30 en Arabie saoudite où il doit assister à plusieurs sommets. "De nombreuses rencontres bilatérales avec des dirigeants de pays arabes et musulmans sont prévues", est-il indiqué dans un communiqué du Conseil.