Soudan : George Clooney veut viser les généraux au portefeuille pour les faire plier

L'acteur américain a exhorté la communauté internationale à traquer l'argent sale provenant du Soudan, dans l'espoir que les militaires au pouvoir changent de posture face aux manifestations.

L\'acteur et réalisateur américain George Clooney à Rome, le 13 mai 2019.
L'acteur et réalisateur américain George Clooney à Rome, le 13 mai 2019. (TIZIANA FABI / AFP)

Dans un éditorial daté du 11 juin, cosigné (lien en anglais) avec le militant des droits de l'Homme John Prendergast, George Clooney affirme que les généraux "qui ont pillé le pays en toute impunité pendant trente ans" craignent de perdre au change en cas d'accord de gouvernance avec les civils. L'acteur enjoint à la communauté internationale de pister l'argent sale provenant du Soudan.

Omar el-Béchir, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant trois décennies, a été renversé le 11 avril par un coup d'Etat de l'armée, dans le sillage d'un soulèvement populaire.

Répression meurtrière

Militaires et civils ont alors entamé des discussions sur la période de transition, mais ne sont pas parvenus à s'entendre. Les manifestations se sont poursuivies, prenant un tour particulièrement violent lors de la dispersion d'un sit-in à Khartoum le 3 juin qui a fait plusieurs dizaines de morts.

Selon un comité de médecins proche de la contestation, 118 personnes sont mortes et plus de 500 ont été blessées depuis cette date, la majorité dans la dispersion du sit-in. Les autorités estiment à 61 le nombre de morts, dont 49 par des "tirs à balles réelles" à Khartoum.

La contestation soudanaise a accepté mardi 11 juin de mettre fin au mouvement de désobéissance civile lancé après le début de la répression meurtrière et de reprendre les discussions avec les militaires afin de trouver une issue à la crise.

Geler les avoirs de la junte

Selon leur texte publié dans Politico (lien en anglais), les deux Américains affirment que les milices Janjawid sont impliquées à la fois dans les atrocités au Darfour soudanais – plus de 300 000 morts depuis 2003 – et dans la répression des manifestations la semaine dernière.

L'organisation The Sentry (lien en anglais), qu'ils ont cofondée et qui enquête sur les "criminels de guerre" en Afrique et particulièrement au Darfour soudanais, a repéré des opérations de blanchiment d'argent initiées depuis le Soudan à mesure que la crise s'amplifiait, relèvent-ils.

Geler et saisir certains de ces actifs – et bannir certains de ces responsables du système financier international – serait un moyen de pression très important et inutilisé en faveur de la paix et des droits humainsGeorge Clooney et John Prendergast

"En engendrant des conséquences financières importantes pour les chefs du régime et leurs collaborateurs en affaires, les diplomates d'Afrique, d'Europe et des Etats-Unis seront capables d'influencer le calcul coût/bénéfice des généraux de Khartoum", affirment George Clooney et John Prendergast.

Faire pression 

Ils craignent que les émissaires américains – y compris le secrétaire d'Etat adjoint américain chargé de l'Afrique Tibor Nagy, qui doit se rendre à Khartoum cette semaine – ne voient leurs appels "tomber dans l'oreille d'un sourd" faute de les accompagner d'actions visant le portefeuille des généraux.

Malgré les critiques occidentales à l'encontre de la violence du régime, les généraux continuent d'être soutenus par les pays arabes du Golfe, ainsi que par la Chine et par la Russie, relèvent-ils.