Soudan du Sud : les difficultés des anciens ennemis à former un gouvernement

Un délai de 100 jours a été accordé, le 7 novembre 2019, aux belligérants du conflit sud-soudanais, le président Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar, pour leur permettre de former un gouvernement d'union nationale et éviter que leur pays ne replonge dans un conflit à grande échelle.

Les deux principaux protagonistes de la situation au Soudan du Sud, Riek Machar (à gauche), leader du \"Mouvement populaire de libération du Sud-Soudan dans l\'opposition\" (SPLM-IO), et le président sud-soudanais Salva Kiir, se rencontrent à Entebbe (Ouganda) le 7 novembre 2019.
Les deux principaux protagonistes de la situation au Soudan du Sud, Riek Machar (à gauche), leader du "Mouvement populaire de libération du Sud-Soudan dans l'opposition" (SPLM-IO), et le président sud-soudanais Salva Kiir, se rencontrent à Entebbe (Ouganda) le 7 novembre 2019. (REUTERS - STRINGER . / X80002)

Les parties "se sont accordées pour étendre la période de pré-transition de 100 jours à compter du 12 novembre 2019", selon le communiqué final de la rencontre du 7 novembre, lu à la presse par le ministre ougandais des Affaires étrangères Sam Kutesa. Outre le président Salva Kiir et le chef rebelle Riek Machar, étaient également présents le président ougandais Yoweri Museveni, le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil souverain soudanais, et le représentant spécial du Kenya pour le Soudan du Sud Kalonzo Musyoka, dans le palais présidentiel d'Entebbe près de Kampala. La formation du gouvernement de transition était initialement prévue en mai, mais elle avait déjà été repoussée une première fois au 12 novembre. Et ce en raison de désaccords sur des questions cruciales qui n'ont à ce jour toujours pas été résolues, comme la formation d'une armée unifiée et les frontières des Etats régionaux au sein du Soudan du Sud.

A l'approche de l'échéance du 12 novembre, et devant le peu de progrès accomplis sur le terrain, notamment en matière de cantonnement des combattants, les pays de la région ont visiblement estimé préférable de ne pas forcer les choses et d'accorder un délai supplémentaire. "Il était vraiment impossible de les (Kiir et Machar) faire parvenir à un accord en cinq jours. Nous leur avons donné trois mois et nous continuerons à nous engager" dans le processus de paix, a d'ailleurs explicité à l'AFP le ministre ougandais des Affaires étrangères.

L'exaspération des Américains 

Les Etats-Unis, un soutien de poids du Soudan du Sud, ont exprimé leur exaspération liée à ce délai supplémentaire, en menaçant de "revoir leur relation" avec le gouvernement sud-soudanais. "Leur incapacité à respecter leur propre calendrier fait douter de leur aptitude à continuer à mener le processus de paix", a indiqué sur Twitter le secrétaire d'Etat américain adjoint chargé de l'Afrique, Tibor Nagy, à propos de Salva Kiir et Riek Machar.

En septembre 2018, Salva Kiir et Riek Machar avaient surmonté la profonde défiance qui les oppose et cédé à une forte pression internationale pour signer à Addis Abeba un nouvel accord de paix accompagné d'un cessez-le-feu, qui a été globalement bien respecté. Mais plusieurs points-clés de cet accord de paix n'ont pas enregistré de progrès tangibles. Ce qui fait peser le risque d'un échec de l'accord et d'une reprise des combats à grande échelle dans ce pays en proie à une guerre civile depuis 2013.

Aux termes de l'accord d'Addis Abeba, les combattants de toutes les parties doivent être entraînés et déployés au sein d'une armée unifiée de 83 000 hommes. Un processus qui a été entravé par les retards et le manque de financement. Autre question épineuse, la question du nombre d'Etats régionaux ainsi que leurs frontières. Depuis 2015, Salva Kiir a fait passer le nombre de ces Etats de 10 à 28, puis à 32. Une mesure largement vue comme un moyen d'augmenter le nombre de ses alliés placés à des postes à responsabilités.

La question de la sécurité de Riek Machar, une fois celui-ci rentré à Juba, la capitale, se pose également. En juillet 2016, de violents combats avaient opposé ses troupes d'élite à la garde présidentielle de Salva Kiir, dans Juba. La garde rapprochée de Riek Machar avait été décimée, sa résidence bombardée et le vice-président avait été contraint de gagner à pied la République démocratique du Congo voisine au terme d'une fuite de plusieurs semaines dans la brousse. Un premier accord de paix signé en août 2015 venait alors de voler en éclats.

Guerre civile sanglante

Le 20 octobre 2019, évoquant le contexte de l'échec de ce premier accord de paix, Riek Machar avait appelé à un nouveau report de la formation du gouvernement. De son côté, Salva Kiir menaçait de former le gouvernement sans son ex-vice-président. Le 6 novembre, le Conseil de sécurité de l'ONU, dans une déclaration adoptée à l'unanimité, avait réclamé des "progrès immédiats" dans l'application de l'accord de paix. S'exprimant à la presse au nom du Conseil de sécurité, le représentant du Royaume-Uni Jonathan Allen insistait sur l'application des principales modalités de l'accord de paix plus que sur la date du 12 novembre elle-même.

Le Soudan du Sud a sombré dans la guerre civile en 2013, deux ans après son indépendance du Soudan, lorsque Salva Kiir, un Dinka, a accusé Riek Machar, alors son vice-président, membre de l'ethnie nuer, de fomenter un coup d'Etat. Le conflit a fait plus de 380 000 morts et poussé plus de quatre millions de Sud-Soudanais à fuir leurs foyers. La seule ressource économique du pays est le pétrole. Une ressource dont la production a été très entravée par la guerre.