Nouveau gouvernement en Algérie : le changement dans la continuité

Le nouveau gouvernement algérien est marqué par le retour aux affaires de deux anciennes figures de l'ère Bouteflika. 

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France Télévisions
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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune dans la banlieue Ouest d'Alger, le12 juin 2021. (RYAD KRAMDI / AFP)

La Nouvelle Algérie prônée par le président Tebboune a-t-elle vécu ? L'Algérie s'est dotée, mercredi 7 juillet, d'un nouveau gouvernement, qui voit la moitié des ministres sortants reconduits, après des élections législatives marquées par une abstention record et la répression du mouvement contestataire du Hirak. Le président Abdelmadjid Tebboune a dévoilé la composition de l'équipe gouvernementale, sans changement des portefeuilles régaliens, à l'exception des portefeuilles des Affaires étrangères et de la Justice, selon un communiqué officiel

Première surprise aux Affaires étrangères, Sabri Boukadoum est remplacé par l'ex-diplomate Ramtane Lamamra, déjà chargé de la politique extérieure sous le président Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir par la rue en avril 2019. Un autre ministre a servi dans un gouvernement nommé par Abdelaziz Bouteflika, le titulaire de l'Education nationale, Abdelhakim Belabed. Deuxième surprise : le premier président de la Cour suprême, Abderrachid Tebbi, devient Garde des Sceaux à la place de l'impopulaire Belkacem Zeghmati, associé à la répression de l'opposition et à la lutte contre la corruption. La nouvelle équipe est composée de 34 membres, dont quatre femmes seulement, le même nombre qu'auparavant.

"Algérie d'occasion"

Dix-sept ministres ont été reconduits, dont celui de l'Intérieur Kamel Beldjoud, de la Santé Abderrahmane Benbouzid, en pleine crise sanitaire, du Commerce Kamel Rezig et de l'Energie Mohamed Arkab. "Au lieu d'une Algérie nouvelle, on a droit à une Algérie d'occasion", a réagi à chaud Sofiane, cadre supérieur dans une multinationale, en référence au slogan d'Abdelmadjid Tebboune. Le 30 juin, le chef de l'Etat avait nommé Premier ministre Aïmène Benabderahmane, un technocrate, ministre des Finances dans l'équipe précédente. Il va garder ses fonctions de grand argentier.

La liste du gouvernement, composée en bonne partie de technocrates plutôt que de politiciens, ne semble pas augurer de changement majeur de cap politique. Le 1er mars, lors d'un remaniement ministériel mineur, le président Tebboune avait pourtant promis qu'un changement profond du gouvernement interviendrait après les élections législatives. Mais le scrutin du 12 juin a été remporté par le Front de libération nationale (FLN, au pouvoir), et des indépendants ralliés au chef de l'Etat et des petits partis proches du pouvoir. Le vote a été marqué par une abstention record (77%), dans un pays plongé dans une impasse politique depuis le début en 2019 du soulèvement populaire du Hirak et sur fond de répression généralisée.

Feuille de route "suicidaire" 

Le pouvoir est aujourd'hui déterminé à poursuivre sa normalisation politique et institutionnelle après le séisme du Hirak, aujourd'hui affaibli par la répression et les divisions, mais en ignorant les revendications de la rue : Etat de droit, transition démocratique, souveraineté populaire, justice indépendante. Lors d'une conférence de presse, mercredi 7 juillet à Alger, des représentants de partis politiques et de la société civile ont dénoncé "la situation inquiétante des libertés et des droits fondamentaux". Ils ont réclamé "la libération des détenus d'opinion, l'arrêt de la répression et le retrait de la 'feuille de route' suicidaire du pouvoir".

Plus de 300 personnes sont actuellement en prison en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon le Comité national de libération des détenus, une association de soutien.

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