Le Soudan dévalue sa monnaie de 85% pour sauver son économie, au risque de soulever la population

Inflation à 300%, pénurie de pain et de carburant, PIB en berne à -8,4%.  Avec la dévaluation de facto de la monnaie nationale de 85%, la crise économique au Soudan atteint des sommets.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Vue d'un marché de Khartoum, la capitale du Soudan, le 24 juin 2019. (UMIT BEKTAS / REUTERS)

La mesure annoncée par la Banque centrale était inéluctable, tant le fossé s'était creusé entre le cours officiel de la livre soudanaise et celui pratiqué dans la rue. Quand le citoyen se voyait proposer 55 livres pour un dollar dans une banque, il en obtenait 375, voire 400 au marché noir. En rendant flottant le cours officiel de la livre, Khartoum entérine une dévaluation de sa monnaie nationale de 85% pour la rapprocher de sa valeur au marché noir. Le gouvernement espère ainsi faire revenir les devises étrangères qui fuyaient les canaux officiels, et pénalisaient ses importations. 

Récupérer des devises

Mais pour atteindre un matelas de réserve de devises de trois mois, un seuil de "confort", il faudrait encaisser plus de 5 milliards de dollars sur deux ans. Un objectif inatteignable sans aides internationales, alors même que le Soudan n’honore plus sa dette estimée à environ 60 milliards de dollars, soit deux fois et demie son PIB annuel.

Désormais, le Soudan a mis sa devise en conformité avec la réalité économique du pays. Un premier pas vers l'assainissement de son économie. Il a également mis un terme aux subventions sur les carburants, récupérant des taxes bien utiles. Mais, bien que réduit, le déficit budgétaire du pays est encore de 6,9% et la baisse de la dépense publique impacte fortement la population.

Risques d'émeutes 

La dévaluation va fatalement générer de l'inflation, en renchérissant le prix des produits importés. "En décembre 2018, c'était le triplement du prix du pain qui avait provoqué le soulèvement populaire à l'origine de la chute de Béchir", rappelle le site internet Arab News. Or, "des manifestations, parfois émaillées de heurts, contre la cherté de la vie ont eu lieu ces dernières semaines au Soudan".

Vue d'un marché de Khartoum, capitale du Soudan, le 4 mai 2019. (UMIT BEKTAS / REUTERS)

Gibril Ibrahim, le nouveau ministre des Finances, est bien conscient de l'impopularité des mesures, demandant "la coopération" du peuple. Le gouvernement soudanais espère surtout que sa politique de rigueur permettra de convaincre le FMI de lui apporter son aide. D'autant que le pays, retiré de la liste américaine des Etats soutiens du terrorisme, redevient fréquentable.

Car la crise économique semble sans fin au Soudan. La chute du dictateur Omar el-Béchir en avril 2019, renversé par l'armée sous la pression de la rue, laissait entrevoir un avenir plus heureux à la population.

Un contexte très sombre

Mais après bientôt deux années d'un pouvoir militaro-civil, force est de constater que si les choses ont changé, c'est peut-être en pire. Ni les pénuries, ni l'inflation n'ont été jugulées. Le tableau de l'économie soudanaise, dressé par la Banque africaine de développement (BAD), est cauchemardesque. Seule l'agriculture, qui représente le tiers de la richesse du pays, pourrait être moteur du développement, à condition d'être soutenue, selon la BAD.

L'épidémie de Covid-19 n'a fait qu'accentuer la crise économique. La tension avec le voisin éthiopien s'accentue avec l'intervention militaire d'Addis-Abeba dans sa province du Tigré, et fait craindre un dérapage armé. Un contexte lourd d'incertitudes qui pourrait mettre à mal les efforts entrepris.

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