Le Gabon poursuit sa grande lessive anticorruption

Deux proches de l'ancien directeur de cabinet du président gabonais Ali Bongo, Brice Laccruche Alihanga, incarcéré mi-décembre 2019 pour détournement de fonds publics, ont été interpellés et placés en garde à vue à Libreville, le 30 décembre.

Le palais présidentiel de Libreville photographié le 18 décembre 2019.
Le palais présidentiel de Libreville photographié le 18 décembre 2019. (STEVE JORDAN / AFP)

Baptisée "Scorpion", la vaste opération anticorruption lancée en novembre 2019 contre l'ancien homme fort de la présidence Bongo, Brice Laccruche Alihanga, a mené à l'incarcération de plus d'une dizaine de ses proches, dont trois anciens ministres et l'ex-porte parole de la présidence.

Derniers en date : l'ancien ministre des Transports et député Justin Ndoundangoye, ainsi qu'Alexis Ndouna, ancien cadre du parti au pouvoir au Gabon. Le premier a été interpellé le 26 décembre dans la soirée, après une tentative de fuite vers le Congo voisin. Selon une source proche du dossier consultée par l'AFP, l'ancien ministre est "actuellement en garde à vue et entendu dans la cadre de l'opération anticorruption en cours au Gabon." Le second est "également en garde à vue, lui aussi entendu pour des détournements de fonds publics, mais de surcroît dans une affaire de viol sur mineur", a ajouté cette source. M. Ndouna était depuis fin octobre sous le coup d'un mandat d'arrêt international, soupçonné d'avoir forcé une collégienne de 14 ans à des rapports sexuels et d'avoir participé activement à un réseau de proxénétisme. "Il a été rattrapé par Interpol à Brazzaville au Congo et extradé samedi vers Libreville", a précisé la même source.

Un ancien homme fort un peu trop fort

Au Gabon, le détournement de fonds publics par une personne exerçant une fonction publique est un délit passible de vingt ans d'emprisonnement et de 100 millions de francs CFA d'amende (153 000 euros). M. Laccruche Alihanga avait été nommé il y a plus de deux ans à la tête du cabinet d'Ali Bongo Ondimba, mais alors que le chef de l'Etat se remettait de l'AVC qui l'a frappé en octobre 2018, il était devenu ces derniers mois le véritable homme fort du Gabon. Il avait fait nommer nombre de ses proches ministres ou à la tête d'institutions ou entreprises publiques, ou des services de sécurité.

Ces dernières semaines, le président Ali Bongo Ondimba, 60 ans, a multiplié les apparitions publiques, manifestement en meilleure forme, après être longtemps resté absent de la scène médiatique. Début décembre, il a nommé son fils Noureddin Bongo Valentin, 28 ans, "coordinateur général des Affaires présidentielles" afin de l'épauler dans sa mission.

Pays pétrolier d'Afrique centrale, le Gabon est régulièrement pointé du doigt pour des affaires de détournements de fonds publics. Il est dirigé par Ali Bongo Ondimba depuis 10 ans, élu en 2009 après le décès de son père Omar Bongo, arrivé au pouvoir en 1967.