La Guinée équatoriale ne distribue pas d'essence au moment où s'ouvre sur place une conférence sur le pétrole africain

Ce n'est pas un poisson d'avril. Depuis le 28 mars 2019, de longues files d'attente se forment devant des pompes à essence vides. Le groupe pétrolier français Total, principal founisseur de carburant dans le pays depuis 35 ans, refuse cependant de parler de "pénurie".

Une autoroute dans la ville moderne de Malabo II, extension de la capitale historique de la Guinée équatoriale Malabo, le 25 janvier 2015.
Une autoroute dans la ville moderne de Malabo II, extension de la capitale historique de la Guinée équatoriale Malabo, le 25 janvier 2015. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Alors que commence, mardi 2 avril, pour quatre jours, la 7e conférence-exposition de l'Organisation des producteurs de pétrole en Afrique (OPPA), la situation a des allures de gag. Mais dans ce petit pays d'Afrique centrale, 3e producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne, personne ne rit du paradoxe. L'absence d'une raffinerie sur le territoire, qui permettrait de transformer sur place la matière première, explique en partie les ratés de la distribution de carburant.

"Affluence exceptionnelle"

Pour le groupe Total, la responsabilité n'est pas claire mais ne doit pas, selon ses dirigeants, lui être imputée. "En dépit d'une quantité satisfaisante d'essence permettant de répondre à la demande habituelle dans l'île de Bioko (où se trouve Malabo, la capitale de la Guinée équatoriale), les stations Total connaissent ces derniers jours une affluence exceptionnelle (...), indépendante de leur volonté", selon une note de presse du groupe pétrolier parvenue à l'AFP.

Afin de faire face à cette situation, Total-Guinée équatoriale a donc décidé de rationner le carburant dans la capitale, en accord avec le ministère du Pétrole. Les taxis ont droit à une quantité de carburant limitée à 5000 FCFA (7,5 euros, soit 10 litres), les voitures individuelles à 10 000 FCFA (15 euros, soit 20 litres).

L'entreprise pétrolière française compte 29 stations service en Guinée équatoriale, dont 10 dans l'ile de Bioko, où se situe le centre administratif du pays. Le reste est implanté sur la partie continentale du pays. L'entreprise nationale de pétrole Geptrol dispose également de stations-service, mais elles sont le plus souvent à sec.

Ce n'est pas la première fois

Depuis début 2019, le gouvernement équato-guinéen a autorisé l'entreprise camerounaise Tradex à devenir le 3e distributeur de carburants en Guinée équatoriale. Un nouvel acteur qui, en l'espèce, n'a pas montré qu'il dispose de réserves de pétrole suffisantes.

La mésaventure que vivent ces jours-ci les automobilistes équato-guinéens n'est pas une nouveauté. Au printemps 2017, le manque d'essence aux pompes avait créé une vive tension dans la capitale. A l'époque, une explication prévalait : Total, qui menait déjà la danse dans la distribution des hydrocarbures, avait une manière à lui de régler les problèmes. "Total réduit souvent la quantité de carburant quand le gouvernement lui doit de l'argent", indiquait à l'AFP Ernesto Ondo, ancien responsable technique chez Total Malabo. Une affirmation alors fermement démentie par le pouvoir.