L'ex-chef rebelle Guillaume Soro compte organiser la "résistance politique" au régime ivoirien depuis Paris

Objet d'un mandat d'arrêt international émis par la Côte d'Ivoire, l'ancien Premier ministre ivoirien est actuellement en France. Guillaume Soro est candidat à la présidentielle de 2020.  

Guillaume Soro (en haut), alors président de l\'Assemblée nationale, écoute le président ivoirien Alassane Ouattara s\'exprimer dans l\'hémicycle le 10 janvier 2017, à Abidjan, la capitale économique de la Côte d\'Ivoire. 
Guillaume Soro (en haut), alors président de l'Assemblée nationale, écoute le président ivoirien Alassane Ouattara s'exprimer dans l'hémicycle le 10 janvier 2017, à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire.  (ISSOUF SANOGO / AFP)

L'ex-chef de la rébellion ivoirienne et candidat à la présidentielle de 2020, Guillaume Soro, compte "organiser la résistance" au régime du président Alassane Ouattara depuis Paris après son retour avorté en Côte d'Ivoire. 

"Je suis et reste candidat à la présidence de la République. Je vais organiser la résistance comme le général de Gaulle l'a fait depuis Londres", a-t-il confié à l'hebdomaire français Le Journal du Dimanche (JDD) dans son édition du 29 décembre 2019. 

"Autre temps, autre méthode"

Interrogé sur l'éventualité d'une résistance armée, l'ancien porte-parole de la rébellion de 2002 en Côte d'Ivoire, dont il a de nouveau accusé l'actuel président ivoirien d'être "le parrain", a insisté sur le caractère politique de sa démarche. "Autre temps, autre méthode. il ne s'agit que de résistance politique", a-t-il précisé alors que la justice ivoirienne l'accuse d'avoir préparé "une insurrection civile et militaire" pour s'emparer du pouvoir. 

L'ex-président de l'Assemblée nationale, toujours député, et ancien Premier ministre a finalement renoncé à rentrer en Côte d'Ivoire le 23 décembre après six mois d'absence à l'étranger. La justice ivoirienne a émis un "mandat d'arrêt international" contre lui, alors même que son avion faisait demi-tour vers l'Europe, pour "tentative d'atteinte à l'autorité de l'Etat". Il risque la prison à vie selon les autorités judiciaires ivoiriennes. 

Guillaume Soro a démenti ces accusations, se disant victime d'une "manipulation, comme Lula au Brésil" destinée à l'écarter de la course à la présidence. Il estime ainsi que le président Ouattara "instrumentalise simplement la justice pour écarter un candidat sérieux".

Guillaume Soro de retour à Paris, où il avait déjà passé les six derniers mois, a précisé au JDD qu'il comptait y rester puisque "le président Ouattara (lui) interdit de rentrer dans (son) pays". Le responsable politique ivoirien a ajouté n'avoir "demandé aucune assistance particulière à Paris" et n'avoir "aucun contact avec l'Elysée".

L'opposant a accusé au passage le président français Emmanuel Macron, qui se trouvait en Côte d'Ivoire à la veille de son retour avorté, de ne pas avoir dit "à ses hôtes qu'il était important de respecter la démocratie en Afrique""J'espérais qu'un président comme lui ait davantage de courage et la maturité pour le faire", a-t-il lancé, qualifiant Alassane Ouattara d'"autocrate".

Guillaume Soro considère par ailleurs que le mandat d'arrêt lancé contre lui est "politique" et donc inopérant. "La plupart des pays européens qui défendent les droits de l'homme refusent d'ailleurs d'appliquer ce genre de mandat", a-t-il assuré.

Un accord avec Bédié pour la présidentielle de 2020

Pour le responsable politique, "après avoir créé une crise postélectorale en 2010, M. Ouattara vient d’inventer la crise préélectorale. Il faut donc que la classe politique s’organise pour combattre cela". L'ancien Premier ministre a ainsi déclaré avoir conclu un accord électoral avec l'ancien président Henri Konan Bédié, chef du principal parti d'opposition (le Parti démocratique de Côte d'Ivoire), qui selon lui se présentera aussi à la présidentielle.

"Nous avons un accord avec Bédié. Nous allons tous deux au premier tour, et le mieux placé soutiendra l'autre pour le second", a-t-il dit alors que M. Bédié laisse planer le mystère sur sa possible candidature.

Le président Ouattara a martelé de son côté samedi 28 décembre que "nul ne sera autorisé à déstabiliser la Côte d'Ivoire" et que "le droit sera appliqué à tous, candidat ou pas". Le chef de l'Etat ivoirien qui, si le scénario annoncé par Guillaume Soro se confirmait, pourrait être candidat à sa propre succession. "La Côte d’Ivoire appartient aux prochaines générations. Mais comme je vois des hésitations au niveau de certains de ma génération, c’est pour ça que je n’ai pas encore annoncé ma décision", déclarait Alassane Ouattara le 30 novembre 2019 lors d'un meeting. Faisant allusion à ses principaux rivaux politiques, Henri Konan Bédié et l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, il a ajouté : "Si eux, ils décident d’être candidats, alors je serai candidat (…) Je ne veux pas que la Côte d’Ivoire retourne entre les mains de ceux qui ont détruit notre pays, de ceux qui ont gaspillé les biens publics". 

Longtemps allié d'Alassane Ouattara, qu'il a aidé à porter au pouvoir pendant la crise post-électorale de 2010-2011, Guillaume Soro s'est ensuite brouillé avec lui, jusqu'à la rupture début 2019. Depuis le 23 décembre, la tension est montée d'un cran entre les deux hommes. Une situation qui inquiète l'opposition et la société civile ivoiriennes, à quelques mois du scrutin présidentiel d'octobre 2020.