eSwatini, le pays où les partis politiques sont interdits d’élection

C’est la dernière monarchie absolue d’Afrique. Paradoxalement, l'eSwatini, ex-Swaziland rebaptisé il y a peu par son souverain Mswati III, vote. Des représentants directs, sans partis politiques, interdits d’élection. Une incongruité de plus dans ce petit pays, où le roi a quatorze femmes.

Des électeurs dans un bureau de vote, lors des élections du 21 septembre 2018 en eSwatini.
Des électeurs dans un bureau de vote, lors des élections du 21 septembre 2018 en eSwatini. (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

Le roi Mswati III, «Lion de la nation», gouverne depuis 1986. Il détient tous les pouvoirs. Il peut dissoudre le Parlement et le gouvernement, et nommer ou démettre les juges. Il a ainsi unilatéralement décidé de changer le nom du pays.
 
Vendredi 21 septembre, 540.000 électeurs étaient appelés aux urnes sur le 1,3 million d’habitants de ce tout petit pays.

Jusqu'à l'entrée en vigueur de la Constitution de 2005, les partis politiques étaient purement et simplement interdits. La nouvelle loi fondamentale garantit désormais «la liberté d'association et d'expression», mais sur le papier seulement.

Car dans l’ex-Swaziland, les partis politiques ne peuvent pas participer aux élections parlementaires. Il y a pourtant 59 sièges à pourvoir sur 69 au Parlement. Mais ici, tous les candidats sont indépendants. En fait, ce sont quasiment tous des fidèles du roi. Au cours d’une pré-sélection, les candidats sont retenus dans chaque district. Puis on passe aux élections.

A entendre certains d'entre eux, cette élection témoigne d’une véritable représentation directe. «Il n’y a pas de parti politique entre le peuple et ses représentants», explique Alec Lushaba qui, à 46 ans, se présente pour la première fois. En guise de meeting, il explique son programme sur un coin de pelouse à trois femmes et à leurs enfants venus l’écouter.
 
Pour les partisans de l'opposition, les élections se résument à une parodie de démocratie. «C'est totalement inapproprié de parler d'élections», estime Alvit Dlamini, à la tête du Ngwane National Liberatory Congress, le plus ancien parti de l'eSwatini. «Des élections sont une compétition entre partis politiques. Mais ici, on assiste à une non-élection, un système de nomination par les royalistes. Si vous y participez, vous ne pouvez pas défendre vos idées politiques», explique-t-il à l'AFP.
 
Un autre parti d’opposition, le Pudemo, crie lui aussi à la mascarade. En 2008, il a été déclaré «organisation terroriste». Plusieurs de ses membres sont en liberté conditionnelle. Autant dire qu’il ne trouve rien à faire dans ce scrutin. «Nous n'avons personne dans le parti qui se présente aux élections. Si un candidat tient discrètement à faire savoir qu'il est partisan de Pudemo, on lui dit: "Non merci, vous ne pourrez rien faire si vous êtes élu"», explique son nouveau dirigeant, Mlungisi Makhanya à l'AFP.

Manifestation le 19 septembre 2018 à Manzini, la capitale de l\'eSwatini.
Manifestation le 19 septembre 2018 à Manzini, la capitale de l'eSwatini. (GIANLUIGI GUERCIA / AFP)

Ni le Commonwealth ni l’Union européenne n’ont souhaité déployé des observateurs. L’Union considère que les conditions ne sont pas établies pour l’instauration d’une véritable démocratie. Car il est bon de rappeler quelques évidences. Ici, les deux tiers de la population vivent sous le seuil de pauvreté. Un quart est en situation de précarité alimentaire et d’accès à l’eau.

Ces derniers jours, les syndicats ont manifesté pour réclamer une hausse des salaires. Pour toute réponse ils ont reçu des gaz lacrymogènes de la part de la police anti-émeutes.