Covid-19 : l'idée d'une "annulation" de la dette des pays africains, portée par le Sénégal, fait son chemin

Les récents propos du président français Emmanuel Macron et du pape François font favorablement écho au plaidoyer du président sénégalais Macky Sall. 

Avec la crise financière mondiale liée au coronavirus, le problème de la dette ressurgit en Afrique. 
Avec la crise financière mondiale liée au coronavirus, le problème de la dette ressurgit en Afrique.  (FOTOSTAND / SCHMITT / FOTOSTAND)

"Notre proposition allant dans le sens d'une annulation de la dette, soutenue par la déclaration commune africaine, a également été accueillie favorablement par la France. Je remercie le Président Emmanuel Macron pour cette marque de solidarité internationale".

C'est par ce tweet que le président sénégalais Macky Sall a salué les propos de son homologue français Emmanuel Macron qui a souligné, lors d'une allocution télévisée dans la soirée du 13 avril 2020, la nécessité de soutenir les pays africains face au coronavirus, en réduisant leur dette. "Nous devons aussi savoir aider nos voisins d'Afrique à lutter contre le virus plus efficacement, à les aider aussi sur le plan économique en annulant massivement leurs dettes. Oui, nous ne gagnerons jamais seuls"a déclaré le chef de l'Etat français.

Macky Sall avait publié un message similaire pour saluer l'appel du pape François dans ce sens. Lors de sa traditionnelle bénédiction "Urbi et Orbi" de Pâques le 12 avril 2020, le souverain pontife avait exhorté à une levée des sanctions internationales "qui empêchent les pays qui en font l’objet de fournir un soutien convenable à leurs citoyens" et s'est prononcé pour une réduction ou une suppression de la dette des pays les plus pauvresrapporte Vatican News

L'Appel de Dakar

Depuis fin mars, la présidence sénégalaise milite pour une telle mesure. "Je demande à nos partenaires bilaléraux et multilatéraux d'accompagner la résilience du continent africain, en annulant sa dette", plaidait Macky Sall le 25 mars 2020. Un plaidoyer devenu l'Appel de Dakar, rapporte l'agence de presse sénégalaise APS, après que le président du Sénégal a obtenu le soutien de ses pairs africains à l'issue d'une réunion "restreinte" de l'Union africaine qui s'est tenue le 3 avril. Reste à savoir quelle forme prendra la mesure qu'espèrent les dirigeants africains.

Réagissant à la suggestion du pape sur les ondes de franceinfo et avant l'intervention d'Emmanuel Macron le 13 avril, le patron de l'Agence française de développement (AFD) Rémy Rioux avait indiqué "qu'une mesure sur la dette de ces pays" serait évidemment la bienvenue. "Probablement pas une annulation, suggérait-il, mais plutôt une suspension des remboursements peut être l'un des moyens (d'agir sur la dette). Le président Macron, le ministre Bruno Le Maire y travaillent, il y a une réunion du G20 très importante cette semaine."

Une réaction soulignée par l'ONG Survie après les propos d'Emmanuel Macron. "Attendons de connaître les détails, dans lesquels se cache souvent le diable", a estimé l'organisation sur Twitter en invitant à observer de près la stratégie française en termes "d'annulation" de la dette des pays africains. Selon elle, il s'agirait plutôt pour Paris de "convertir la dette en influence française".

Alléger le service de la dette

Comme pour confirmer la thèse de la suspension des remboursements, quelques minutes après l'intervention d'Emmanuel Macron, la directrice du FMI Kristalina Georgieva annonçait dans un tweet un répit "immédiat" et ce pendant "six mois" dans le service de la dette pour 25 de ses membres, à savoir "les plus pauvres et les plus vulnérables", afin de leur donner "l'espace pour réorienter le financement vers des domaines critiques pour s’attaquer au Covid-19"

Le Bénin, le Burkina Faso, les Comores, la Gambie, la Guinée, la Guinée Bissau, le Libéria, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mozambique, le Niger, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, la Sierra Leone, le Tchad et le Togo sont les pays africains concernés par ce dispositif. 

Cet "allègement" du service de la dette est possible grâce au Fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (ARC) auquel le Japon a déjà fourni 100 millions de dollars, selon un communiqué du FMI. Le Royaume-Uni a promis, lui, 185 millions. La Chine et les Pays-Bas s’apprêteraient à y contribuer.

Pékin, qui a répondu le 13 avril à l'agence Reuters sur la question de l'allègement de la dette des pays africains, s'est dit prêt "à étudier (cette) possibilité avec la communauté internationale". La Chine, principal créancier des Etats africains, examinait déjà la possibilité de suspendre les échéances dans le cadre d'un accord qui serait conclu au sein du G20 dont les chefs d'Etat se réuniront dans quelques jours. 

Une escouade de l'UA pour mobiliser des ressources

Afin de s'assurer que les promesses actuelles et futures soient traduites en actes concrets, l'Union africaine a mis en place une escouade composée par la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala (ancienne directrice générale de la Banque mondiale), du Rwandais Donald Kaberuka (ancien président de la Banque africaine de développement), du Franco-Ivoirien Tidjane Thiam (ancien patron de Crédit Suisse) et du Sud-Africain Trevor Manuel (ancien ministre sud-africain des Finances). L'initiative émane du président sud-africain, Cyril Ramaphosa, qui assure la présidence de l'organisation panafricaine. 

Leur mission : "solliciter un soutien rapide et concret, conformément aux engagements pris par le G20, l'Union européenne et d'autres institutions financières internationales", indique le communiqué de l'UA, pour permettre aux pays africains de faire face aux conséquences de la pandémie provoquée par la Covid-19.

Selon la Banque mondiale, la croissance en Afrique subsaharienne "devrait se rétracter fortement entre 2019 et 2020, passant de 2,4 % à -5,1 %, plongeant la région dans sa première récession depuis plus de 25 ans".