Côte d'Ivoire : les manifestations se multiplient après l'annonce de la candidature d'Alassane Ouattara

Au moins quatre personnes sont mortes les 12 et 13 août en Côte d'Ivoire, dans des violences liées à l'annonce de la candidature à un troisième mandat du président Alassane Ouattara.

La police intervient pour disperser une manifestation interdite à Abidjan, le 13 août 2020. L\'opposition à la candidature d\'Alassane Ouattara à un troisième mandat a provoqué la mort d\'au moins quatre personnes.
La police intervient pour disperser une manifestation interdite à Abidjan, le 13 août 2020. L'opposition à la candidature d'Alassane Ouattara à un troisième mandat a provoqué la mort d'au moins quatre personnes. (ISSOUF SANOGO / AFP)

La situation se tend de plus en plus à l'approche du scrutin présidentiel du 31 octobre. L'opposition et des membres de la société civile avaient appelé à manifester, pour dénoncer la candidature d'Alassane Ouattara à un troisième mandat.

Les autorités avaient interdit tout rassemblement pour non-respect "des procédures appropriées".

Des violences ont fait trois morts mercredi 12 août à Daoukro, fief de l'ancien président Henri Konan Bédié, 86 ans, ancien allié de Ouattara, mais qui juge sa candidature à un troisième mandat "illégale". Lui-même a été investi comme candidat à la présidentielle par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), la principale formation d'opposition.

Violences entre partisans de chaque camp

Les victimes ont été tuées dans des affrontements entre ses partisans et des jeunes favorables au président Ouattara. "Le calme revient timidement, mais nous déplorons trois morts" a indiqué une source sécuritaire, sous couvert de l'anonymat.

A Bonoua (Sud-Est), fief de l'ex-première dame Simone Gbagbo, un jeune de 18 ans a été tué lors de heurts avec les forces de l'ordre, a annoncé à l'AFP Jean-Paul Améthier, le maire de la ville. "Le commissariat de Bonoua a été saccagé par les manifestants en colère", a témoigné Hervé Niamkey, un habitant. 

"ADO, dégage !"

D'autres heurts ont eu lieu jeudi 13 entre manifestants et forces de l'ordre, notamment dans la capitale économique Abidjan. Ces manifestations ont rassemblé plusieurs centaines de personnes. "Nous manifestons pour le départ du président Ouattara, parce que sa candidature viole la Constitution. Nous ne voulons pas accepter un troisième mandat", a expliqué Hervé Séka, dans le quartier d'Anono.

Dans Abidjan, des manifestants ont enflammé des barricades lors de la manifestation du 13 août 2020, comme sur la photo prise dans le quartier d\'Anono.
Dans Abidjan, des manifestants ont enflammé des barricades lors de la manifestation du 13 août 2020, comme sur la photo prise dans le quartier d'Anono. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Dans le quartier populaire de Yopougon, des affrontements entre policiers et manifestants ont paralysé la circulation. A Port-Bouet, des dizaines de manifestants ont bloqué la voie principale, certains brandissant des pancartes "ADO dégage !" en référence aux initiales du président Alassane Dramane Ouattara.

La peur s'installe

La situation restait volatile dans le reste du pays. A Ferkessédougou (Nord), fief de Guillaume Soro, ancien allié de Ouattara passé dans l'opposition aujourd'hui en exil en France, le marché hebdomadaire, qui se tient le jeudi, s'est vidé après des rumeurs sur une marche de protestation, a constaté un correspondant de l'AFP. "Aujourd'hui on a tous peur" , a témoigné Mourlaye Koné, employé d'une société sucrière. "Ce n'est pas fini. Tant que Guillaume Soro n'est pas rentré au pays nous allons continuer", a promis un partisan de l'ancien chef de la rébellion.

Candidature illégale ou pas ?

Ouattara avait été réélu en 2015, puis avait annoncé en mars passer le relais à son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly pour le scrutin d'octobre. Mais celui-ci est brusquement mort le 8 juillet d'un infarctus. Après ce décès, M. Ouattara a annoncé le 6 août qu'il briguerait finalement un troisième mandat.

La Constitution limite à deux les mandats présidentiels, mais opposition et pouvoir sont en désaccord sur l'interprétation à donner de la réforme adoptée en 2016 : les partisans de Ouattara affirment qu'elle a remis le compteur des mandats à zéro, ses adversaires jugent anticonstitutionnelle une troisième candidature.