Au Forum économique de Sotchi, Moscou propose aux Africains de la technologie nucléaire clé en main

Pour la Russie, il s'agit de s'assurer des parts de marché dans la bataille commerciale engagée par les géants de l'énergie qui se bousculent pour éclairer l’Afrique. Un marché juteux.

Une vue générale de la centrale nucléaire de Koeberg, en Afrique du Sud. C\'est le seul pays africain à en disposer sur le continent.
Une vue générale de la centrale nucléaire de Koeberg, en Afrique du Sud. C'est le seul pays africain à en disposer sur le continent. (STRINGER / AFP)

Au premier Forum économique Russie-Afrique de Sotchi, le nucléaire russe ne laisse personne indifférent parmi les délégations africaines. Et pour cause. En 2019, l'Afrique subsaharienne reste à la traîne dans l’accès à l’électricité, selon un rapport de plusieurs institutions internationales parmi lesquelles l’Agence internationale de l'Energie.

La technologie nucléaire russe à des fins civiles

Aussi, Moscou a mobilisé les experts de Rosatom, son agence nucléaire. Ils parcourent les allées du sommet en proposant aux Etats africains le choix de la technologie nucléaire russe à des fins civiles pour booster leur développement. Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, Vladimir Poutine assure que les projets proposés par la Russie se font sans la moindre ingérence politique.

Le dernier accord portant sur le nucléaire remonte au 17 octobre 2019. L'agence russe Rosatom a signé un accord préliminaire de coopération pour construire un centre de recherche sur le nucléaire au Rwanda. La veille, c'est avec l'Ethiopie que le géant russe avait convenu de construire une centrale nucléaire de grosse capacité. "Nous sommes prêts à proposer à nos partenaires éthiopiens des solutions et nous les invitons à venir visiter les installations russes", a déclaré à la presse le patron de Rosatom, Alexei Likhatchev.

Selon le chef de l'agence nucléaire russe, Rosatom dispose déjà de protocoles d’accord avec 18 pays africains parmi lesquels l'Egypte, le Nigeria, le Soudan, le Kenya, le Ghana, la Zambie et l’Ouganda. Pour l'instant, seule l’Egypte a prévu de lancer un chantier pour quatre réacteurs qui seront érigés à El-Dabaa, sur la Méditerranée, d’ici 2028-2029. Il pense aussi que la coopération avec la Zambie et le Rwanda aboutira très vite.

L'énergie, un enjeu crucial pour le continent

Comme l'indique l'Agence internationale de l'énergie nucléaire (AIEA), dix Etats africains ont annoncé clairement leurs intentions de se doter de centrales nucléaires pour faire face au déficit criant en matière d'énergie. En plus de l'Afrique du Sud, qui est le seul pays du continent à disposer d’une centrale nucléaire au niveau continental, au moins cinq autres pays africains devraient en disposer à l’horizon 2025.

L'Afrique a soif d'énergie et l'énergie nucléaire pourrait faire partie de la solution pour un nombre croissant de paysMikhail Chudakov, département de l'énergie nucléaire de l'AIEALettre d'information de l'AIEA

Aujourd’hui, plus de la moitié de la population africaine n’a pas accès à l’électricité sur un continent qui devrait compter deux milliards d’habitants en 2050. Eclairer l'Afrique représente donc un marché juteux qui aiguise l'appétit de l’industrie nucléaire russe. Moscou vante son savoir-faire dans ce domaine. Les centrales russes auraient l'avantage d’être moins chères que celles des concurrents occidentaux et souvent assorties de prêts avantageux octroyés par Rosatom. Moscou promet un partenariat bénéfique au continent africain, qui concentre pour sa part 20% des réserves mondiales d'uranium.