Anniversaire du Hirak : où va l’Algérie ?

"L'Algérie nouvelle" promise par le président Tebboune tarde à naître. Celle de son prédécesseur, Abdelaziz Bouteflika, n’en finit pas de mourir. Les militants du Hirak entendent poursuivre la lutte. 

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France Télévisions
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Des Algériens se rassemblent dans la ville de Kherrata, dans le nord du pays, le 16 février 2021, deux ans après le début du mouvement de masse qui a chassé du pouvoir le président Abdelaziz Bouteflika.  (- / AFP)

Brahim Laalami n’assistera pas au deuxième anniversaire du Hirak, mouvement de contestation contre le régime algérien. Pourtant, il a été l’un des premiers à descendre dans la rue, le 14 février 2019, pour dire "non" à la candidature à un cinquième mandat de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika. La justice algérienne l’a condamné à deux ans de prison, assortis d'une amende de 200 000 dinars (1 250 euros) pour "offense au président de la République", "outrage à corps constitué" et "publication de fausses informations". Pour les militants du Hirak, "l'Algérie nouvelle" d’Abdelmadjid Tebboune ressemble furieusement à celle d’Abdelaziz Bouteflika, les procès et l’emprisonnement des opposants et des journalistes en sus. Plus de 70 personnes sont actuellement emprisonnées en Algérie en lien avec les protestations du Hirak et/ou les libertés individuelles.

"Ce verdict confirme la tentation liberticide du pouvoir, il durcit les peines, accentue la répression pour faire taire le Hirak et toute voix discordante"

Belkacem Belaabasi, avocat

à Liberté

Rassemblement malgré le Covid

Une foule nombreuse s'est rassemblée, ce mardi 16 février, dans l'est de l'Algérie à Kherrata, le berceau du mouvement anti-régime Hirak, pour marquer le 2e anniversaire du soulèvement populaire qui a chassé du pouvoir le président Abdelaziz Bouteflika. Les rassemblements politiques restent interdits en Algérie en raison de la pandémie de Covid-19. Sur des images diffusées par les médias locaux et les réseaux sociaux, les manifestants brandissent drapeaux algériens et amazighs (berbères), en scandant des slogans du Hirak. Des slogans tels que : "Pour l'indépendance de l'Algérie", "(le président) Tebboune est arrivé par la fraude, placé par les militaires" ou encore "Les généraux à la poubelle". Dès la veille au soir, des protestataires avaient convergé de plusieurs wilayas (préfectures) d'Algérie pour prendre part à ce rassemblement. Les marches du Hirak sont à l'arrêt depuis mars 2020, en raison de l'épidémie de coronavirus, mais à l'approche de l'anniversaire du soulèvement, les mobilisations se sont multipliées, notamment en Kabylie (nord-est).

Où va l'Algérie ?

Mais où va le pays ? "Droit dans le mur", affirme le quotidien Liberté, si le régime ne tient pas "compte des attentes de la population et de la classe politique". Selon les médias locaux, le président algérien envisage des élections législatives anticipées. Il a reçu, ces derniers jours, les chefs des partis politiques. Selon ces médias, la dissolution de l'Assemblée nationale (APN) est sur les rails. "Les véritables décideurs sont dans l’impasse, ils n’ont que les pseudo-élections à proposer comme feuille de route. Des élections discréditées par le caractère illégitime du pouvoir en place, lui-même issu de la présidentielle du 12/12 (2019, NDLR) rejetée par l’écrasante majorité des Algériens", s'insurge le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), cité par El Watan

"Ce pouvoir est fini, ce régime est corrompu. Même s’ils (les dirigeants, NDLR) veulent défier la nature, les sciences politiques, la société dans son ensemble, leur heure a sonné"

Karim Tabbou, opposant

à Observ'Algérie

Impasse politique ? Les séjours prolongés du président Tebboune en Allemagne, trois mois en tout depuis le 28 octobre alors que l'Algérie traverse une crise sanitaire, politique et socio-économique, ne sont pas sans rappeler ceux de son prédécesseur. Arrivé au pouvoir le 12 décembre 2019 avec la volonté d'incarner "la nouvelle Algérie", Abdelmadjid Tebboune se trouve à la tête d'un pays dans l'impasse avec des institutions bloquées et une économie à bout de souffle.

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