Pierre Gattaz:l'entreprise française veut reconquérir l’Afrique «sans arrogance»

A la veille du sommet Afrique France prévue dans la capitale malienne en janvier 2017, Pierre Gattaz, le président du patronat français explique à Géopolis son projet pour l'Afrique. Il veut repositionner les entreprises françaises sur le marché africain envahi par la Chine et d'autres pays. Sa stratégie: une approche gagnant-gagnant et en toute humilité.

Pierre Gattaz, le président du Medef, au cours d\'une conférence de presse le 15 novembre 2016 à Paris. 
Pierre Gattaz, le président du Medef, au cours d'une conférence de presse le 15 novembre 2016 à Paris.  (Photo AFP/Eric Piermont)

C’est le défi de Pierre Gattaz. Le patron des patrons français en est convaincu, la France doit avoir toute sa place dans «le réveil africain» qu’il faut consolider et accompagner de façon durable.
 
«L’Afrique, c’est important qu’on y soit. Il faut qu’on aide nos amis africains, sans aucune arrogance. L’idée, c’est de faire tout ça en grande humilité. On n’a pas de leçons à donner à qui que ce soit. Nous, on voit des opportunités de développement, de business, d’infrastructures, d’énergie, d’eau potable…»
 
«Il y a de l’argent en Afrique»
Pierre Gattaz ne cache pas son enthousiasme. Il y a de l’argent en Afrique, dit-il. Sur un continent qui va passer de un à deux milliards d’individus en 2050. Et qui a besoin de s’équiper. Seulement voilà, l’ancienne puissance coloniale a cessé d’être le principal partenaire de ses anciennes colonies depuis belle lurette.
 
«Je suis désolé, mais c’est vrai que depuis 30 ans, on n’a plus de vision, on n’a plus de fierté. On a bafoué un peu l’économie d’entreprise, on l’a maltraitée. Après les années glorieuses, c’est un peu les trente piteuses de la France. Il faut passer maintenant des 30 piteuses aux 30 audacieuses. Il faut aller chercher de la croissance pour notre pays. Il n’y a que l’entreprise pour amener cette croissance, cette création de richesses, cette innovation.

Et pas question de laisser la Chine faire de l’Afrique son terrain de chasse. Pékin est devenu aujourd’hui le premier investisseur sur le continent. Les Chinois ont investi tous les secteurs de l’économie. Ils sont dans le bâtiment, dans la téléphonie, dans les secteurs énergétiques et les matières premières.
 
Ces dernières années, le continent est devenu un vrai déversoir de la population chinoise qui vient migrer dans plusieurs pays. La Chine n’est pas seule à tisser sa toile, de plus en plus de pays investissent sur ce continent qui suscite toutes les convoitises.
 
Des ouvriers chinois et sénégalais sur un site de construction financé par la Chine à Dakar au Sénégal.
Des ouvriers chinois et sénégalais sur un site de construction financé par la Chine à Dakar au Sénégal. (Photo AFP/Seyllou Diallo)

La stratégie du gagnant-gagnant
A Paris, la riposte s’organise à travers le Medef. Et pour faire face à la concurrence, les entreprises françaises misent sur la qualité.
 
«Les Africains ont besoin de tout, vous savez, ils ont besoin d’infrastructures. Alors, ils trouvent dans les Chinois et d’autres pays, des gens qui sont venus en effet avec des financements et parfois avec leurs salariés, mais moi ce que j’ai constaté, c’est que ces infrastructures ne sont pas forcément de très grande qualité. Par ailleurs, les Chinois repartent avec les salariés qu’ils ont amenés. Il n’y a donc pas une seule création d’emploi sur place», explique Pierre Gattaz à Géopolis.
 
Le chef du patronat français vient d’organiser à Paris (6 et 7décembre), un forum baptisé «Jeunesse et entrepreneuriat Afrique-France», auquel il a convié ses homologues africains, de nombreux entrepreneurs du continent et la diaspora africaine. Il leur a expliqué son projet franco-africain qu’il a inscrit dans une stratégie «gagnant-gagnant».
 
«Quand je dis gagnant-gagnant, c’est que ça doit créer des emplois et de la croissance des deux côtés de la Méditerranée. On peut amener des produits, des infrastructures, des services plutôt premium et surtout on peut développer localement des entreprises et de l’emploi pour que l’économie se réveille de manière durable. C’est un investissement, un projet dans le temps. J’ai ressenti un encouragement extrême, un enthousiasme de nos amis africains.» 
 
«La meilleure francophonie, c’est celle qui parle très bien anglais»
Pour Pierre Gattaz, les pratiques tant décriées de la France-Afrique appartiennent désormais au passé. Les jeunes générations africaines ne sont plus dans cet état d’esprit là, constate-t-il.
 
«Oublions les faiblesses et les défauts, sans oublier l’Histoire si on veut bâtir quelque chose de sympa avec des jeunes. Les jeunes n’ont pas toute la mémoire du passé. Ils veulent du boulot, ils veulent de l’espoir, ils veulent de la fierté. Je pense que l’entreprise et l’économie locale peuvent apporter ces vertus… Il faut capitaliser sur le meilleur de nos relations. Une culture, une langue française, une francophonie, des infrastructures…»
 
Et d’ajouter que s’il est important de préserver le patrimoine de la francophonie, il faut garder à l’esprit qu’aujourd’hui, le monde des affaires pratique une autre langue.
 
«Il faut cultiver la francophonie tout en utilisant les atouts business. Et un de ces atouts business est de parler anglais. Ne soyons pas naïfs. Donc, la meilleure francophonie qui peut se développer le mieux possible, c’est celle qui parlera très bien l’anglais.»
 
Pierre Gattaz prépare un deuxième rendez-vous avec le monde de l’entreprise africaine. Ce sera en janvier 2017 à Bamako, à l'occasion du sommet Afrique-France qui se tiendra dans la capitale malienne. «Nous essaierons de donner à ce sommet politique, une forte connotation économique», annonce-t-il à Géopolis.