Nigeria : une chrétienne de 74 ans exécutée pour soupçons de «blasphème»

Elle aurait tenu des propos blasphématoires contre le prophète Mahomet, un crime passible de la peine de mort à Kano, dans le Nord du Nigéria. Bridget Agbahime, une chrétienne de 74 ans, a été lynchée par cinq hommes. En 2015, plus de 4000 chrétiens ont connu le même sort dans le pays. Interrogé par Géopolis, le président de l’ONG Portes Ouvertes, Michel Varton dénonce «un nettoyage religieux».

Ses meurtriers présumés ont été placés en détention, en attendant leur comparution devant un tribunal de Kano le 28 Juin 2016. L’homicide de Bridget Agbahime, épouse d’un pasteur nigérian, a ravivé la peur au sein de la communauté chrétienne dans cette région du nord du pays, à grande majorité musulmane.
 
«Toute la population chrétienne au nord du Nigéria vit constamment sous la menace, avec la connivence des autorités locales qui soutiennent les forces qui agressent ces populations», accuse Michel Varton, directeur de l’ONG Portes Ouvertes, interrogé par Géopolis.
 

«Un nettoyage religieux»
Rien qu’en 2015, plus de 4000 chrétiens nigérians ont été tués pour des raisons liées à leur croyance. Dans le nord du pays, les chrétiens sont particulièrement ciblés par les islamistes du groupe Boko Haram.
 
Sur son site, l’ONG Portes Ouvertes rapporte le témoignage d’une rescapée dont la famille s’est retrouvée face-à-face avec les terroristes :
 
«Chrétiens ou musulmans»? demandent les hommes de Boko Haram. «Chrétiens», répond le père de famille. «Couchez-vous sur le bord de la route», ordonnent les terroristes qui se mettent ensuite à tirer.
 
«Je pensais qu’ils tiraient en l’air, mais j’ai réalisé qu’ils venaient d’abattre mon mari et mes deux fils. J’ai été capturée», raconte la veuve rescapée du massacre.
 
 «C’est un nettoyage religieux. Le but est de chasser toute la population chrétienne de cette partie du pays», explique Michel Varton.
 
Boko Haram n’est pas le seul ennemi juré des chrétiens du Nigéria. Ils sont aussi pourchassés par les nomades peuls musulmans qui opèrent en toute impunité dans les villages du nord du pays.
 
Villages rasés par des nomades peuls
Michel Varton a raconté à Géopolis son dernier voyage dans la ville de Yola, au Nord du Nigéria. Il y a rencontré des chrétiens qui y avaient trouvé refuge après une attaque de leur village par des peuls.
 
«Le village a été rasé, les gens tués, l’église brûlée. Les rescapés étaient hébergés dans des camps de réfugiés. Ce qui est inquiétant, c’est que quand ces nomades musulmans attaquent des villages chrétiens, tout le monde sait ce qui va se passer. Mais personne ne bouge pour leur venir en aide. Il est grand temps que le gouvernement fédéral protège les chrétiens», insiste-t-il.
 
L’intolérance croissante à l’égard des chrétiens du Nigéria remonterait aux années 1990. C’est à cette époque qu’ils ont été privés de leurs droits fondamentaux, comme l’accès à certains emplois. Selon Portes Ouvertes, les programmes scolaires ont été modifiés dans les écoles où des imams radicaux ont semé la haine dans l’esprit des jeunes. Puis, dans les années 2000, plusieurs Etats du Nord ont adopté la charia (la loi islamique).
 

Une pétition pour interpeller les autorités nigériannes
De 2006 à 2014, 11.500 chrétiens ont été tués. Plus de 13.000 églises ont été détruites, fermées de force ou abandonnées. Et plus d’un million de chrétiens obligés de quitter leurs villages vers des régions plus sûres.
 
Le lynchage de Briget Agbahime a été condamné par le président Muhammadu Buhari et par la principale organisation musulmane du Nigéria, la Jama’atu Nasril Islam. Mais la communauté chrétienne du pays est loin d’être rassurée.
 
L’ONG Portes Ouvertes a lancé une pétition à déstination des chrétiens à travers le monde pour qu’ils interpellent les ambassades du Nigéria. Il leur est demandé d’exprimer leur désarroi devant les attaques qui déciment les chrétiens dans ce pays. En France 5000 lettres ont déjà été envoyées à l’ambassade du Nigéria à Paris.