Nigeria : la mégapole de Lagos veut interdire les motos-taxis et les triporteurs

Les autorités de la capitale économique nigériane affirment vouloir faire baisser "le chiffre effrayant d’accidents mortels" lié à ces modes de transport. 

Les autorités nigérianes veulent interdire les \"keke\" dans les rues de Lagos, capitale économique du Nigeria. Ce triporteur traditionnel sert de taxi ou de transport familial (photo prise le 15 janvier 2011).
Les autorités nigérianes veulent interdire les "keke" dans les rues de Lagos, capitale économique du Nigeria. Ce triporteur traditionnel sert de taxi ou de transport familial (photo prise le 15 janvier 2011). (AKINTUNDE AKINLEYE / X02000)

Le gouvernement de l'Etat de Lagos, mégapole économique de 20 millions d'habitants connue pour ses embouteillages monstres, a annoncé une interdiction totale à partir du 1er février 2020 des motos-taxis et "keke" (tricycles à moteur) dans une grande partie de la ville. Une mesure radicale justifiée par les "chiffres effrayants" d'accidents mortels dans les rues de Lagos. De 2016 à 2019, plus de 10 000 accidents graves auraient été enregistrés dans les seuls hôpitaux généraux. Ces deux moyens de transport sont pourtant utilisés par des millions de personnes, notamment les plus pauvres, et emploient des dizaines de milliers de jeunes sans formation. Rapides, ils suppléent l’absence de transports en commun. Respecter le code de la route n’est pas leur priorité. 

Chaos urbain

"Le manque de respect du code de la route par les chauffeurs d'okada (taxis-motos) et de keke (triporteurs) a entraîné des pertes inutiles de vies", peut-on lire sur le compte officiel de l'Etat de Lagos. Le problème, c'est que les transports en commun restent insuffisants, voire inexistants, dans de nombreux quartiers, malgré l'ouverture de quelques lignes de bus ces dernières années.

Le nouveau gouverneur de Lagos, Babajide Sanwo-Olu, a promis de s'attaquer aux problèmes de circulation qui plombent le quotidien des Lagotiens. Mesure radicale et sans annonce préalable, l'interdiction de ces véhicules devrait être appliquée dès le 1er février dans les principaux districts de la ville ainsi que sur tous les grands axes autoroutiers et les quarante ponts que compte la ville.

Les embouteillages permanents dans les rues de Lagos, le 22 janvier 2003.  
Les embouteillages permanents dans les rues de Lagos, le 22 janvier 2003.   (GEORGE ESIRI / X00996)


Les routes sont trop étroites, truffées de nids de poule et la congestion autour des ponts rend les déplacements particulièrement difficiles dans cette ville gigantesque à la croissance démographique folle.

La lutte contre la délinquance pourrait également expliquer cette mesure radicale. De nombreux vols à main armée se font à moto, et pire encore, des tueurs les utilisent pour s'enfuir lors de règlements de compte. De délinquants routiers, leurs profils glissent vers ceux de mafieux. "Le taux de crimes aidés par les 'motos taxis' continue d'augmenter (...)", affirme Gbenga Omotoso, commissaire à l’Information et à la Stratégie. 

Embouteillage et délinquance

Selon Gbanga Omotoso, "le manque de respect pour le code de la route à Lagos entraîne la perte de vies évitables et contribue aux embouteillages". Selon lui, il y aurait une tolérance zéro pour le mouvement des véhicules interdits sur les autoroutes et les ponts répertoriés.

La réaction des Lagotiens sur les réseaux sociaux ne s'est pas fait attendre : "Le gouvernement aurait dû d'abord fournir des moyens de transport alternatifs avant l'interdiction totale." "Ce ne peut être une bonne décision sans prendre des mesures pour en atténuer l’effet."

De leur côté, les autorités défendent ces mesures draconiennes par "la nécessité de préserver la vie des habitants de Lagos".