La Commission électorale exhorte les Nigérians à ne pas "vendre" leur voix

Une série de recommandations sont martelées par l'Inec aux électeurs dans le cadre des prochaines élections générales qui se tiendront le 16 février et le 2 mars 2019. L'une d'elles concerne l'achat des voix. 

Un clip-vidéo de la Commission électorale nigériane conseille aux électeurs de pas brader leur voix. Les élections générales auront lieu dans le pays le 16 février et le 2 mars 2019.  
Un clip-vidéo de la Commission électorale nigériane conseille aux électeurs de pas brader leur voix. Les élections générales auront lieu dans le pays le 16 février et le 2 mars 2019.   (PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

Ne pas se laisser corrompre par les policitiens. C'est l'un des messages diffusés par la commission électorale nigériane (Inec) aux électeurs. Dans un clip diffusé depuis le début du mois de janvier 2019, une jeune femme, vêtue tour à tour de tenues qui renvoient aux différents groupes ethniques du pays, interpelle ses compatriotes en pidgin nigérian (créole local). "Les élections ne sont pas une affaire de 'Cash and Carry' (payer et emporter)", dit-elle.  

Le conseil est ensuite explicitement décliné : "Don't sell your vote (Ne vendez pas votre vote) ! Don't sell your voter's card (Ne vendez pas votre carte d'électeur) ! Don't sell your PVC (Ne vendez pas votre PVC, acronyme utilisé pour désigner les Permanent Voters Cards qui sont les cartes d'électeurs) ! Don't sell your conscience (Ne vendez pas votre conscience) ! Don't sell your future (Ne bradez pas votre avenir) !"  

Les bureaux de vote ne sont pas des "marchés"

Une voix masculine précise ensuite, toujours en pidgin, que les bureaux de vote ne sont pas des "marchés". D'autant que les cartes d'électeurs (les PVC) sont des "tickets" pour "l'emploi, une santé de qualité, l'électricité, de meilleures routes et une meilleure vie pour (les Nigérians) et leurs enfants"

Le clip poursuit en soulignant que "les mauvais politiciens" qui tentent d'acheter des voix n'hésitent pas à corrompre les agents de l'Inec ou à voler des urnes. "Quand vous acceptez leur pot-de-vin, vous perdez le droit de vous exprimer", prévient la voix. Cette dernière conclut par un plaidoyer pour que chaque vote "compte" et que la démocratie soit "consolidée" au Nigeria.

Les appels invitant les électeurs à ne pas se laisser corrompre tournent ainsi en boucle dans le pays, notamment grâce à des chansons. 

Dans la même optique, l'Inec a lancé en décembre 2018 une application baptisée Inec eReporter. Elle "permet à chaque Nigérian d'être un observateur et de rapporter les événements tels qu'ils se produisent (...). Vous pouvez ainsi prendre des photos, vous pouvez également prendre une courte vidéo et nous l'envoyer. C'est géolocalisé. Nous savons donc exactement où se trouve le problème et nous pouvons facilement attirer l'attention de la police ou d'autres agences de sécurité pour veiller à ce que le problème soit réellement résolu", indiquait un responsable de l'Inec lors de la présentation de l'application, rapporte Vanguard.

La Commission électorale ne fait pas que dénoncer les achats de voix, elle diffuse également des messages d'apaisement. Notamment par le biais de ses ambassadeurs auprès des jeunes (Youth Ambassadors). Ces derniers, des artistes renommés issus du monde de la musique, du cinéma et du divertissement, ont participé à la conception d'un hymne qui appelle à un processus électoral apaisé. 

Soupçons de fraude

Les élections dans la première puissance économique et le pays le plus peuplé du continent africain constituent souvent un test pour l'unité nationale. Les tensions ethniques et inter-religieuses viennent s'ajouter à la corruption ambiante qui mine la démocratie nigériane, notamment lors des grands rendez-vous électoraux.  

Le président sortant, Muhammudu Buhari, est déjà accusé de vouloir organiser une fraude électorale massive lors des élections générales qui démarrent le 16 février 2019. Opposé à Atiku Abubakar, l'ancien vice-président qui représente le Parti démocratique du peuple (PDP), Muhammadu Buhari brigue un second mandat.

Sa récente décision de suspendre le président de la Cour suprême, qui tranchera en cas de litige électoral, et de faire assurer son intérim par un juge originaire du nord du pays, comme lui, est loin de rassurer. "Les motivations (de cette suspension) sont totalement politiques et indiquent que le président veut exercer une influence sur l'appareil judiciaire, qui devra déterminer le vainqueur des élections en cas de litiges", note le Centre de recherche en sciences politiques basé à Lagos, SBM Intelligence, cité par VOA Afrique.

Le centre a aussi "rappelé que la dernière fois qu'un président de la Cour suprême avait été démis de ses fonctions, cela se passait en 1975, lors du coup d'Etat militaire de Murtala Muhammad". Plus de 84 millions d'électeurs sont enregistrés dans un pays qui compte plus de 190 millions d'habitants.