L'insécurité dans la Bénoué du Middle Belt, cœur agricole du Nigeria, menace la croissance économique du pays

En raison des conflits, les paysans de la ceinture agricole du Nigeria fuient la violence et abandonnent leurs terres.

Les conflits, au centre du Nigeria entre bergers et agriculteurs durent depuis des années. Mais les violences se sont intensifiées en raison du changement climatique et de l’accès à l’eau. Les agriculteurs des Etats du Middle Belt obligés de fuir abandonnent leurs terres entraînant des problèmes d'approvisionnement. Cette situation qui affecte les récoltes, et s'ajoute au coût déjà élevé de la nourriture, pourrait menacer la croissance économique du pays et mettre en situation d'insécurité alimentaire des millions de Nigérians.

Huit photos de Kola Sulaimon illustrent ce propos

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Depuis des années, une âpre compétition pour les ressources naturelles dans les zones rurales de la "Middle belt" (la "ceinture du milieu") qui traverse le Nigeria d'est en ouest, et où s'écoulent le fleuve Niger et son affluent la Bénoué, oppose agriculteurs sédentaires et éleveurs transhumants. Ces derniers sont accusés de saccager les terres avec leur bétail.    KOLA SULAIMON / AFP
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La Bénoué, surnommée le "grenier alimentaire de la nation" produit des cultures comme l'igname, le riz, les haricots et le maïs, et fournit 70% du soja du Nigeria, selon la Commission nigériane de promotion des investissements.      KOLA SULAIMON / AFP
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Mais aggravées par le changement climatique et l'explosion démographique dans ce pays de 200 millions d'habitants, les violences sporadiques ont débouché sur une grave crise sécuritaire, entre attaques de bandits lourdement armés et représailles sans fin entre communautés. Alors que conflits et enlèvements se multiplient, de nombreux agriculteurs ont abandonné leurs terres. L’un d’eux raconte à l’AFP : "D'habitude, je cultive sur 100 hectares dans le district de Guma, dans l'Etat de Bénoué, mais cette année, j'ai fui les attaques des éleveurs". Il ajoute "j'ai labouré 40 hectares que je n'ai pas pu planter".      KOLA SULAIMON / AFP
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En mai 2021, l'Etat de Bénoué comptait plus de 200.000 personnes déplacées, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), des chiffres que les autorités locales jugent largement sous-estimés. L'agence régionale de gestion des urgences a mis en garde contre le risque de pénurie alimentaire, car de nombreux agriculteurs ayant trouvé refuge dans des camps de déplacés, ne peuvent retourner chez eux. Le gouverneur du Bénoué, Samuel Ortom, membre du parti d'opposition PDP, déclare : "Cette crise fait peser une grande menace pour la croissance et le développement du Nigeria. Sans une sécurité adéquate, il ne peut y avoir d'agriculture pour produire de quoi nourrir notre peuple".      KOLA SULAIMON / AFP
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D’autre part pour lutter contre la contrebande de riz et d'autres marchandises, le Nigeria a fermé une partie de ses frontières en août 2019 tout en misant sur la production locale et en mars 2020 pour empêcher la propagation du coronavirus. Mais selon Chijioke Ekechukwu, directeur de Dignity Finance & Investment, qui propose des services financiers, la demande alimentaire du Nigeria dépasse très largement la production nationale. "Le gouvernement doit ouvrir les frontières pour importer les produits alimentaires manquants. Lorsque cela sera fait, il y aura assez pour le marché local et les prix vont forcément baisser, a-t-il déclaré à l'AFP.      KOLA SULAIMON / AFP
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La banque centrale du Nigeria a déclaré avoir récemment débloqué 791 milliards de naira (1,7 million d'euros) pour les agriculteurs et réduit le taux d'intérêt sur les prêts afin d'encourager le secteur. Car outre l'insécurité, plusieurs économistes pointent du doigt le contexte difficile pour ce pays producteur de pétrole, confronté aux retombées de la pandémie de Covid-19 et à l'effondrement de la demande d'or noir. Selon le bureau des statistiques nigérian, l'inflation des denrées alimentaires a culminé au taux vertigineux de 21,83 % en juin 2021.      KOLA SULAIMON / AFP
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Dans l'Etat de Nasawara, à la périphérie d'Abuja, la capitale fédérale, un vendeur de légumes se dit très inquiet car il perd chaque jour des clients découragés par le prix excessif des produits de base. "J'avais l'habitude de vendre des tomates et du poivre, mais tout est plus cher maintenant. J'en vendais dix sacs par jour, mais les clients ne viennent plus comme avant. Je ne vends plus que deux sacs par jour", explique-t-il à l’AFP.        KOLA SULAIMON / AFP
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Mais pour les agriculteurs tant que l'insécurité affectera la chaîne d'approvisionnement, les prix des produits alimentaires continueront d'augmenter. "Au lieu d'importer des aliments, le gouvernement devrait lutter contre l'insécurité pour encourager les agriculteurs à produire davantage" déclare l’un d’eux. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a averti que 9,2 millions de Nigérians pourraient se retrouver en situation d'insécurité alimentaire, en raison des troubles qui agitent le pays.          KOLA SULAIMON / AFP